Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 19
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19
Le portail automatique de la propriété s’ouvrit sur le passage de la grosse Mercedes de Greg Winther. Avec une bouffée d’orgueil, il vit la façade de la nouvelle maison lui sourire comme le visage de la réussite. Il engagea la voiture dans l’allée montant jusqu’au garage.
Tout à coup, il écrasa la pédale de frein. Le coupé BMW d’Amber barrait le chemin, mordant sur la pelouse enneigée, l’avant droit encastré dans une vasque en ciment surmontée d’un angelot.
– Merde, gronda Greg entre ses dents.
Sur le siège arrière, la petite Cindy tendit le cou pour mieux voir.
– Papa, qu’est-ce qu’il y a ?
– Rien, ta mère a dû déraper sur une plaque de glace.
Il coupa le contact de la Mercedes et sortit.
– Reste à l’intérieur.
Il s’avança. En faisant le tour de la BMW, il vit que la portière du côté conducteur était ouverte. Il passa la tête dans l’habitacle. Personne. Les clefs étaient sur le contact. La voiture donnait l’impression qu’on l’avait abandonnée en catastrophe.
Une vague inquiétude s’empara de lui. Il se pressa vers la maison.
– Papa ? cria Cindy à travers la vitre.
Mais Greg n’y fit pas attention, il était déjà sur le seuil. La porte était entrouverte. En plein hiver. Quelque chose n’allait pas.
Il se rua à l’intérieur.
– AMBER ! cria-t-il.
Pas de réponse. Il explora rapidement le rez-de-chaussée en appelant. Personne.
Il monta l’escalier quatre à quatre.
C’est dans la chambre de leur fille qu’il la trouva. Amber était assise sur le lit de Cindy, dos à l’entrée.
– Chérie, j’ai eu peur. J’ai vu ta voiture, que s’est-il passé ?
Elle tourna vivement la tête vers lui.
– J’ai l’air moins vieille avec ce nouveau maquillage, tu ne trouves pas ?
Greg reçut un choc. Des traces rouges, violettes, roses striaient le visage d’Amber. Elle était méconnaissable. Greg aperçut les tubes de rouge à lèvres éparpillés autour d’elle. Qu’arrivait-il à sa femme ? Elle saisit un tube, le plaqua sur son front et elle étala du rouge cerise sur sa peau à grands coups rageurs.
– Amber, bon sang, arrête ça !
Greg voulait se précipiter vers elle, mais quelque chose le retenait. Un obscur pressentiment l’empêchait d’entrer dans la chambre. Elle minauda.
– Je te plais comme ça ? Tu me trouves de nouveau séduisante ? Tu crois que tu pourras enfin laisser notre fille tranquille ?
Un rictus lui tordait son visage.
– Maman !
Cindy venait d’apparaître à côté de son père. Elle ouvrait des yeux ronds.
– Je t’ai dit de rester dans la voiture, lui lança-t-il, furieux.
Elle regardait sa mère, bouche bée. Amber ne semblait pas s’être rendu compte de l’arrivée de sa fille, elle fixait son mari de ses yeux brillant d’une lueur démentielle. Elle leva la main. Elle tenait entre ses doigts des fils électriques dénudés. Elle les avait coupés au ras de la lampe de chevet. Une paire de ciseaux gisait par terre.
– C’est ma faute, dit-elle en brandissant les fils. Si je n’avais pas allumé, je ne t’aurais pas surpris avec Cindy. Je n’aurais rien découvert. Tout serait pour le mieux, hein ? On n’en serait pas là, hein ?
Greg s’aperçut que les fils électriques, dont elle tenait une extrémité entre ses doigts, étaient toujours branchés à l’autre bout dans la prise de courant.
– Ne t’en fais pas, je vais prendre mon Prozac.
Greg vit la main se lever.
– NON ! cria-t-il en se précipitant.
Trop tard, Amber ouvrit la bouche et avala les fils.