Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 12 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 11

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11

 

Ehlinger et Grasso lâchèrent Steven et Graziedei. Ils promirent qu’on n’en resterait pas là, qu’on se retrouverait, etc.

Les deux inspecteurs montèrent au quatrième. Le « apparemment » d’Ehlinger concernant l’hypothèse du suicide y prenait tout son sens. Sur une dizaine de mètres, une grande traînée de sang courait sur le sol du couloir menant à la fenêtre d’où le docteur s’était jeté... apparemment. Des mains avaient laissé de longues traces rouges qui s’étiraient sur un des murs. Un photographe de la scientifique faisait le cliché d’un scalpel ensanglanté, abandonné sur le sol. La scène évoquait une lutte plutôt qu’un suicide par défenestration.

Graziedei s’avança vers la fenêtre cassée et l’examina.

– Il faut vraiment être motivé pour fracasser une vitre pareille à coup de tête, constata-t-il.

Il se pencha par l’ouverture, jeta un coup d’œil sur le corps étendu quatre étages plus bas.

– Mauvaise chute, fit-il en grimaçant.

Steven ne broncha pas.

– Allons interroger l’infirmière, dit Graziedei. D’après Ehlinger, c’est le seul témoin du « suicide » du docteur. Je suis curieux de l’entendre nous raconter ce qui s’est passé.

Steven approuva mollement.

 

*

 

Ils entrèrent dans la salle de repos. L’infirmière était assise à une table, tout au bout de la pièce. C’était une jeune afro-américaine toute délicate. Encore choquée, elle se triturait le bout des doigts avec nervosité. Du sang maculait sa blouse. À ses côtés, lui tenant la main, une collègue la réconfortait en lui parlant avec douceur.

Elle leva la tête vers les deux hommes qui approchaient. Graziedei interrogea Steven du regard pour savoir s’il voulait commencer. Steven lui fit signe d’y aller. Contrarié, Graziedei fronça les sourcils. Il se tourna vers la jeune infirmière :

– Mademoiselle Holloway, nous aimerions vous poser quelques questions sur...

– Encore ? s’écria sa collègue. Elle vient de tout raconter aux deux autres policiers, il y a moins d’une heure !

– Vous pouvez nous laisser, lui dit Graziedei sur un ton ferme accompagné d’un sourire poli. S’il vous plaît ?

L’infirmière se tourna vers sa consœur.

– Tu penses que ça ira, ma chérie ?

Lèvres pincées, Cassandra Holloway fit un petit signe de tête approbatif. Sa collègue scruta son visage pour s’en assurer, se leva et se dirigea vers la porte de sortie. Graziedei attendit qu’elle ait quitté la salle et s’assit à sa place.

– Je suis désolé de vous demander de nous répéter ce qui est arrivé, mademoiselle Holloway. Vous êtes sûre que vous en aurez la force ?

Elle fit oui de la tête.

– Allez-y. Prenez votre temps.

Cassandra ferma les yeux et prit une longue inspiration.

– Le docteur Matthews ne se sentait pas bien, il avait annulé deux patients de sa tournée du matin. Comme il ne revenait pas, je me suis inquiétée, je suis montée pour voir comment il allait. Je me rendais à son bureau et... et je l’ai vu sortir de la chambre 404 comme un fou. Il avait un scalpel à la main. Il disait des choses incompréhensibles. Il était en plein délire. Il pleurait, il criait. Et puis, et puis…

Elle cacha son visage et fondit en larmes.

– Vous préférez qu’on en reparle plus tard ? dit doucement Graziedei en posant sa main sur son épaule.

Elle releva la tête, la secoua et fixa le mur devant elle. Les images de ce qu’elle avait vécu devaient s’y projeter.

Steven et Graziedei attendirent un moment.

Elle exhala un profond soupir.

– Et puis, il… il s’est mis à se… couper le visage avec le scalpel. (Elle donna de grands coups avec sa main.) J’ai essayé de l’arrêter, mais il m’a repoussée. Il a couru dans le couloir et… et… il s’est jeté dans la fenêtre la tête la première… et il est tombé…

Elle réprima des sanglots. Graziedei attendit qu’elle se remette. Il lui posa encore quelques questions. Steven se contenta d’observer. Enfin, son coéquipier lui fit un signe et ils sortirent, laissant tranquille Cassandra Holloway. En quittant la salle, ils croisèrent la collègue de l’infirmière qui leur lança un regard assassin avant d’entrer la rejoindre.

– Ben, dis donc. C’est du grand guignol, commenta Graziedei en se grattant le derrière de la tête. En tout cas, je pense qu’elle dit vrai. T’es d’accord ?

– Tout à fait, dit Steven, laconique.

En complétant les investigations inachevées de Grasso et Ehlinger, ils trouvèrent deux patients qui étaient sortis dans le couloir en entendant des cris et qui confirmèrent la version de l’infirmière. Ils visitèrent la chambre 404, d’où avait surgi le médecin. Elle était inoccupée et ils n’y découvrirent rien de particulier.

Le docteur Matthews s’était bien suicidé.

 

*

 

Les deux inspecteurs remontèrent dans leur voiture. Graziedei démarra le véhicule et lança le chauffage à fond, mais sans décoller.

Steven n’arrêtait pas de penser à Rylander. Il avait l’impression que son interlocuteur avait essayé d’établir un contact personnel avec lui. Steven avait senti l’intensité de son regard, inquisiteur, attentif, cherchant à jauger l’homme qui lui faisait face...

– Tu m’écoutes ?

– Quoi ? dit Steven.

– Reviens sur terre, je suis en train de te parler. Je disais qu’un de nous deux doit aller annoncer la nouvelle à la femme du docteur. Tu veux t’en charger ?

La question parut tellement éloignée de ses pensées, Steven ne sut quoi répondre.

– Pardon, qui ? Moi ? bafouilla-t-il.

Graziedei soupira. Devant la voiture, un petit écureuil escaladait par saccades un tronc d’arbre. Graziedei le regarda disparaître dans le feuillage, puis il coupa le moteur.

– Un problème ? dit Steven.

– Écoute, mon grand, depuis qu’on refait équipe, t’as l’air complètement absent. Je sais que c’est dur ce qui t’arrive et qu’il faut que t’encaisses, mais t’es pas le premier à qui on enlève un dossier, et moi j’ai pas l’intention de bosser avec un zombie. Alors, fais au moins semblant de t’impliquer, OK ? Rien que pour me faire croire que je vais pas me taper tout le boulot !

– C’est un suicide. L’affaire est réglée.

– Je sais, c’est moins palpitant qu’une traque au tueur en série, mais c’est tout ce qu’on a en rayon. Si c’est pas assez important pour toi, ça l’est pour sa famille. Et je te rappelle la façon dont ce type s’est donné la mort. Matthews a forcément dû prendre une méchante dose de… de je sais pas quoi. L’autopsie nous le dira. En attendant, on a un job à faire.

Il marqua un temps d’arrêt, fixant son coéquipier.

– Steven, je veux retrouver le type brillant qui m’en foutait plein la vue. Mais si t’es pas prêt, demande un congé à Walsh.

Steven détourna le regard. Devant le pare-brise, l’écureuil réapparut, guettant sa réaction.

– Démarre.