Si je dois te tuer ... (French Edition)
Prologue
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Marc LARMIGNY
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Si je dois te tuer …
R o m a n
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Pour Chantal
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Prologue
C’est la douleur qui la réveille.
Elle la sent dans ses bras, ils sont tendus à se rompre au-dessus d’elle. Karen tente de les baisser, mais bouger ne fait qu’intensifier le mal. Elle devine que ses poignets sont liés. Elle commence à prendre conscience qu’elle est attachée. « On » l’a attachée. Mais son esprit, trop léthargique, ne peut que constater son état, l’horreur de la situation échappe encore à la jeune femme.
Puis elle sent cette odeur écœurante, malsaine qui lui irrite les narines et lui donne envie de vomir. D’où vient-elle ?
Karen soulève lentement ses paupières. Une lueur blafarde baigne l’endroit. Dans la pénombre, le sol lui apparaît comme une flaque noire et cramoisie bizarrement incurvée. En levant les yeux, elle se rend compte qu’il se confond avec le mur d’en face : la pièce est cylindrique. Elle discerne une échelle métallique qui monte jusqu’à un sas fermé. Elle doit se trouver à l’intérieur d’une citerne de camion, quelque chose dans le genre. Elle tord sa tête sur le côté. Une bâche en plastique tendue de part en part voile la source de lumière et cache le fond de la pièce.
Que fait-elle dans un tel endroit ? L’angoisse monte en elle. Ses pensées se bousculent. Et tout lui revient en mémoire : c’était le soir, il neigeait. Elle s’approchait de sa voiture tout en cherchant ses clefs dans son sac à main. Soudain, on l’avait violemment tirée en arrière et elle s’était sentie serrée dans un étau. On lui avait plaqué quelque chose sur la bouche et le nez. Une odeur âcre lui avait saturé les sinus. La panique s’était emparée d’elle. Malgré quelques tentatives pour se débattre, ses forces l’avaient abandonnée rapidement et elle avait sombré dans le néant.
On l’a enlevée !
Et enfermée dans cet endroit glauque, infect. Son souffle s’accélère. Elle jette des coups d’œil affolés autour d’elle. Sous son épaule, elle aperçoit une table grossièrement bricolée, posée de guingois sur le sol concave. Elle se tord le cou pour mieux voir. Ses yeux s’agrandissent quand elle distingue les couteaux, les pinces, les crochets et autres outils jetés en vrac, rouillés et maculés d’un rouge presque noir.
La terreur sature son être. Elle se met à hurler, elle se débat et ne fait qu’augmenter la douleur qui lui déchire ses bras. Encore quelques soubresauts et elle a épuisé ses forces. La tension de son corps se relâche d’un coup, Karen s’affale comme une morte, pendue par les poignets.
Puis un léger crissement la fait sursauter. Il vient du fond de la citerne. Karen se fige. Elle écoute.
Quelqu’un !
Il est présent depuis le début, immobile, silencieux. Le cœur de Karen s’emballe dans sa poitrine. La lueur qui baigne l’endroit se met à tanguer. Un bruit de froissement : on écarte la bâche. Une lumière vive envahit ce côté de la citerne. Autour de Karen, les ombres fuient dans une danse endiablée. Une lampe est portée au niveau de son visage pour la détailler en pleine clarté. Elle cligne des yeux, elle lutte contre l’aveuglement, elle veut voir qui se cache derrière la lumière. Malgré la terreur qui la paralyse, un sentiment troublant, mêlant gêne et surprise, l’envahit quand elle réussit à l’entrevoir : il est nu.
– Qu… qu’est-ce que vous… vous me voulez ? lâche-t-elle d’une voix affolée.
Des doigts s’approchent de son visage et saisissent doucement la mèche blonde qui lui tombe sur le front.
– T’entendre rire.