Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 6
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– Au début, ces femmes ne sont que des images passant au hasard devant mes yeux, puis l’une d’elles m’attire…
– Qu’est-ce qui vous prend, Charles ?! s’exclama Fred Turner en se tournant vers son client. Ne dites plus rien !
Mais Charles Rylander continua.
– … je l’observe pendant des semaines, des mois, jusqu’à ce que je connaisse tout d’elle.
– Taisez-vous ! l’interrompit l’avocat pris de panique. Il pivota vers l’inspecteur Steven Whitmore. Écoutez, mon client n’en dira pas plus et nous…
Le policier l’arrêta d’un geste.
– Laissez-le, cher maître. Il me semble plutôt que votre client a envie de continuer.
Charles Rylander lui adressa un petit sourire reconnaissant. Se trouver dans une pièce dédiée aux interrogatoires face à un inspecteur de la criminelle ne semblait pas du tout l’impressionner, au contraire.
– … alors, il faut que je la possède. Elle doit devenir ma chose, vous comprenez ? Je l’enlève. Et c’est à elle de faire connaissance avec moi. Elle est à moi, rien qu’à moi. Et j’en dispose comme je le désire. Puis arrive un moment où, disons que j’ai fait le tour du sujet. Alors elle redevient une image, une simple image, il est temps que je l’efface. Et je m’en débarrasse. Définitivement…
– Charles, je vous en conjure, dit Turner épouvanté, ne dites plus rien.
Steven observa ses deux interlocuteurs. Atterré, l’avocat se passait nerveusement la main dans ce qui lui restait de cheveux. C’était un petit homme un peu grassouillet d’une cinquantaine d’années à l’œil vif. Un vieux routier du barreau, Fred Turner, l’un des plus brillants avocats de la ville. Il ne doit pas souvent se laisser prendre au dépourvu à ce point-là par l’un de ses clients, pensa Steven.
Charles Rylander, lui, semblait très à l’aise dans son costume sur mesure de plusieurs milliers de dollars. La trentaine bien campée dans un corps athlétique, il respirait la suffisance et la confiance en soi. Sa chevelure blonde impeccable encadrait sa tête qu’il tenait penchée sur le côté, fixant Steven avec un mélange d’amusement et d’ironie, un petit sourire affleurant sur son visage bronzé à l’année.
Steven s’avança et posa ses coudes sur la table métallique.
– Vous ne devriez pas vous moquer de moi, monsieur Rylander.
– Me moquer de vous, inspecteur ? Je ne me le permettrais pas.
– Vous venez de citer, presque mot pour mot, un passage de la confession du tueur en série Mark Lowery extrait du livre d’Evelyn Hills.
– Pas presque, dit Rylander. Ma citation était exacte au mot près, inspecteur. Page 163. J’ai une mémoire photographique. Heureux d’apprendre qu’on lit, dans la police.
– À quoi vous jouez, Charles ! s’écria Turner effaré, en se tournant vers lui.
– Je pense que votre client a envie de s’amuser, dit Steven sans quitter l’homme d’affaires des yeux. C’est ça, monsieur Rylander ?
– Disons que les questions insidieuses que vous m’avez posées tout à l’heure tendent à supposer que vous me soupçonnez d’être un criminel, inspecteur Whitmore. J’avais envie de vous faire passer un petit test.
Les deux hommes se toisèrent pendant un moment. Steven reprit :
– Mais vous…
La porte s’ouvrit brusquement. Le chef Walsh apparut. Une flambée de colère mal contrôlée congestionnait son visage. Sans entrer, main sur la poignée, il s’adressa à Steven sans regarder ni Rylander ni son avocat.
– Whitmore, vous pouvez venir dans mon bureau ? dit-il d’une voix sèche.
– Je suis en plein interrogatoire, répliqua Steven.
– Tout de suite, asséna Walsh sur un ton sans appel.
– Un instant, chef Walsh, s’écria Turner qui reprenait du poil de la bête. Il n’y a aucune raison que mon client reste ici plus longtemps et…
Rylander le coupa d’un geste.
– C’est bon, Turner.
Il se cala dans le fond de sa chaise.
– Ça m’intéresse d’attendre quelques instants de plus.
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