Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 107
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Chuck s’absenta quelques minutes et revint en tenant un énorme coupe-boulon de 50 cm de long sur son épaule.
– Un type comme toi ne sort jamais sans sa trousse à outils, hein, Chuck ? commenta Steven en esquissant un sourire.
– Ben, c’est comme votre flingue pour vous, les flics, rétorqua Chuck.
Les deux lames se refermèrent sur l’anneau de métal. Chuck donna une forte pression et le cadenas sauta dans un claquement.
– Vas-y, ouvre, dit Steven sur un ton impératif.
– Je vais trouver quoi, là-dedans ? dit Chuck avec appréhension.
– Tu n’es pas censé le savoir.
– Je le sens pas trop ce coup-là, inspecteur.
– Dépêche-toi !
Chuck s’accroupit et entreprit de soulever le couvercle. Il pivota autour de ses charnières sans problème, on les avait graissées pour qu’il soit facile à ouvrir. Le pouls de Steven accéléra. Chuck fit basculer le carré de métal qui retomba sur le sol en ciment dans un grand fracas. Une puanteur épouvantable s’échappa par le trou.
– Pouah, fit Chuck en faisant une grimace.
Il recula et se détourna. Les effluves atteignirent Steven. C’était une atroce odeur de mort et de putréfaction. Tous ses doutes s’évanouirent à cet instant.
C’est là.
Surmontant son dégoût, il s’approcha en se protégeant le nez dans le creux de son coude. Il se pencha par l’ouverture et braqua un bref instant le rayon de sa lampe dans le trou noir. Il voulait une rapide confirmation visuelle. Ce qu’il entraperçut fut si horrible qu’il manqua défaillir. Il fit un violent effort pour se ressaisir, il devait tenir devant Chuck.
– Viens jeter un coup d’œil, dit-il sèchement.
Chuck s’était éloigné. Il n’avait pas l’air d’aimer la façon dont tournaient les événements.
– Hein ? Pourquoi ? Vous savez, inspecteur, si vous voulez que ça fasse vrai, et bien, si j’étais venu seul, ben là, je serais déjà reparti.
– Amène-toi et regarde là-dedans, je te dis, insista Steven en haussant le ton.
Avec appréhension, la main plaquée sur le nez, Chuck s’approcha et se pencha sur le trou noir. Steven alluma sa lampe.
– Ah ! C’est quoi, ce bordel ! cria Chuck, horrifié. Il recula et tomba en arrière. À moitié à quatre pattes, il s’éloigna de quelques mètres et vomit.
– C’est bien, dit Steven, ça fait vrai.
Il le rejoignit et attendit qu’il retrouve ses esprits. Il était blême et des larmes coulaient sur ses joues. Il secouait la tête comme pour rejeter ce qu’il avait entrevu.
– Putain, qu’est-ce qui s’est passé là-dedans ?!
– Tu vas prendre quelques photos.
– Hein ? Quoi ? Vous êtes dingue ! beugla-t-il.
« Vous êtes dingue ! Vous êtes dingue ! Vous êtes dingue… ! » L’écho répéta le message sur un ton accusateur. Steven ne s’en émut pas, il évaluait Chuck. Le pauvre type se recroquevillait sur lui-même, il n’était pas en état de faire ce qu’il lui demandait. Steven tendit la main.
– Passe-moi ton portable.
Chuck s’exécuta sans discuter.
Un genou à terre, masquant sa bouche et son nez, Steven glissa l’appareil dans le trou de la citerne. Le flash pétilla deux fois. Steven vérifia la qualité des clichés. Cela ferait l’affaire. Il se releva et essuya le téléphone avec un mouchoir pour ne pas y laisser d’empreintes. Avec un type comme Chuck, mieux valait ne rien négliger.
Il se dirigea vers Chuck qui s’était assis sur le bac en plastique et regardait le sol avec un air hébété.
– Bon, dit Steven, je résume : tu es venu fouiner dans la biscuiterie dans le but de récupérer ce qui traîne. Tu fouilles sous le tas de palettes, tu découvres la citerne et tu l’ouvres. Quand tu vois ce qu’il y a dedans, tu ne vas pas plus loin. Tu décides de m’appeler pour me prévenir. Preuves à l’appui, tu m’envoies deux photos (il lui tendit le portable), tu es prêt ?
– Vaguement, grommela Chuck.
– Tu es sûr ? Secoue-toi un peu, on ne va pas y passer la nuit !
Chuck saisit le téléphone d’une main hésitante comme si c’était un objet répugnant.
Steven s’éloigna d’une vingtaine de mètres. Chuck tapa un numéro. Le portable de Steven sonna. Après plusieurs coups, il prit l’appel.
– Inspecteur Whitmore.
– Inspecteur ? Euh, c’est Chuck... Chuck Fisher…
– Chuck ? Tu n’as pas vu l’heure ? dit Steven en imitant une voix ensommeillée. Qu’est-ce que tu veux ?
– J’ai trouvé quelque chose...
Chuck n’eut aucun mal à adopter le ton juste pour décrire ce qu’il avait entrevu. Pas la peine de faire semblant d’être ébranlé, il l’était. Il donna l’adresse de l’usine, puis envoya les photos à Steven sans y jeter un œil.
Steven s’assura qu’elles étaient bien arrivées et rejoignit Chuck qui lui demanda :
– Qu’est-ce que je fais des photos ?
Steven réfléchit.
– À ta place, je n’en aurais plus besoin. Efface-les.
Chuck les supprima de son appareil avec soulagement, puis il attendit, l’air morne, l’œil bas. Steven l’observa.
– Dans la vraie vie, dit-il, qu’est-ce que tu ferais maintenant ?
– Je me casserais.
– Et bien, dégage !