Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 155
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Le ciel était bas et lugubre. À cause d’un redoux, la neige commençait à fondre et les rues prenaient un aspect sale et boueux. Les gens barbotaient dans une soupe d’un blanc jaunâtre. On aurait dit que l’hiver prenait un méchant plaisir à plonger la ville dans un état de dépression.
« Saleté d’hiver », pensa Steven en riant, tandis qu’il se rendait chez Ann. Deux jours s’étaient écoulés depuis qu’elle lui avait assuré qu’ils ne devaient plus craindre les effets du pouvoir. Il avait ressenti quelques piques d’inquiétude en voyant des grimaces de douleur tordre son visage, mais elle l’avait rassuré : « C’est ma blessure qui me démange », avait-elle dit avec une telle sérénité qu’il s’était apaisé.
Il passait tout son temps à l’hôpital, autant que possible dans sa chambre, les yeux rivés dans les siens, les mains de la jeune femme captives des siennes. C’est elle qui brisa l’ensorcellement.
– Je vais sortir aujourd’hui. Ils doivent me faire un dernier bilan, j’en ai pour la matinée. Hum, tu crois que tu pourrais passer à mon appartement me prendre deux, trois trucs ?
Hors de question pour Ann de remettre les vêtements qu’elle portait à son arrivée, même lavés du sang qui les souillait : ils finiraient à la poubelle. Steven avait sauté dans sa voiture. Il avait l’impression de voler en se rendant aux abattoirs. Il se sentait un autre homme. C’est fou la vitesse à laquelle le cerveau était capable de tourner la page. Comme elles lui semblaient lointaines les deux années occupées à la traque obsessionnelle du psychopathe, alors qu’elle était l’unique but de son existence quelques jours plus tôt ! Même l’invraisemblable enquête autour de Ann avec son cortège de suicides et son mystérieux pouvoir commençait à glisser au second plan. Et jusqu’à la terrifiante menace de mettre fin à ses jours qui lui paraissait irréelle.
Il le devait à une personne : Ann. Les jours passés à ses côtés avaient amplifié ce qu’il éprouvait pour elle. Il se gardait bien de le lui montrer, de peur de l’effrayer. Chez elle, aussi, il décelait un trouble mal dissimulé. Il le remarquait dans les regards voilés et parfois étonnés qu’elle lui lançait, il surprenait les petits sourires en coin, entendait sa voix vaciller par moments. Avec espoir, il voyait naître entre eux un sentiment qui survivrait aux drames qu’ils avaient endurés. C’était un sentiment qui leur faisait peur et les comblait d’un bonheur auquel ils commençaient à croire, mais qu’ils n’osaient encore s’avouer.
L’arrivée dans le parking de chez Stammers le laissa indifférent. Il monta l’escalier métallique et parcourut la coursive sans une pensée pour la tache sombre étalée dans la grande salle d’abattage. Il retrouva sans émotion l’appartement dévasté. C’était devenu le décor d’une pièce de théâtre sans acteurs.
Mais un gros problème l’attendait quand il entra dans la garde-robe. Une question le pétrifia : quoi prendre ?
Ann ne semblait pas accro aux dernières tendances, mais méfiance, c’était une femme, Steven ne tenait pas à faire l’erreur de sa vie. Les vêtements de Ann n’occupaient qu’une partie infime d’une pièce taillée aux exigences de la cantatrice. Il se rabattit prudemment sur ce qu’il jugea être du basique et du confortable. Il dégotta un grand sac de voyage, y déversa t-shirts, pulls, pantalons en laine polaire, sous-vêtements jusqu’à ce qu’il soit bourré et tassa le tout.
Au moins, elle aura le choix dans mon mauvais goût.
Il boucla le sac et se dirigea rapidement vers la sortie. Il avait hâte de retrouver Ann.
C’est alors que son regard tomba sur l’enveloppe jaune.