Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 11 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 10

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10

 

Graziedei gara la voiture sur le parking du Middlefield Hospital.

– C’est là-bas, dit-il, en montrant un attroupement.

Steven soupira. Il libéra sa ceinture et sortit du véhicule sans entrain. Les deux inspecteurs se dirigèrent vers un policier en uniforme. Il contenait une grappe de curieux derrière un ruban qui délimitait la zone du drame.

Tandis qu’ils s’approchaient, Steven remarqua une vitre brisée au quatrième étage de la façade.

À l’aplomb de la fenêtre, un homme et une femme discutaient autour d’une couverture étendue sur un corps, à leurs pieds.

Steven fit une grimace de dégoût en reconnaissant les inspecteurs Jeff Grasso et Tina Ehlinger. La quarantaine, cheveux grisonnants, Grasso était un type flasque propulsant un bide de buveur de bière comme un bulbe d’étrave de porte-conteneurs. Ehlinger était plutôt canon et elle le savait. Mais son mental ne suivait pas, elle avait l’air tout le temps en rogne et médisait sur tout le monde. Hommes et femmes restaient prudemment à distance. Seul Grasso était toléré dans son espace vital, son tempérament larvaire étant compatible avec celui plutôt explosif d’Ehlinger.

Ces deux-là faisaient sans nul doute partie des jaloux de la première heure dont avait parlé Graziedei. Steven ne les avait jamais appréciés. C’était réciproque. Les minutes qui allaient suivre ne risquaient pas d’améliorer leur relation.

Steven et Graziedei présentèrent leurs plaques au flic en uniforme. Il les fit passer sous le ruban jaune.

– Merde, fit Grasso.

– Quoi ? dit Ehlinger. Elle ricocha sur son regard.

– Qu’est-ce qu’ils viennent foutre là, ceux-là ? cracha-t-elle en apercevant les nouveaux venus.

L’air mauvais, elle fonça vers les nouveaux arrivants avec Grasso dans son sillage.

– Qu’est-ce que tu fais ici ? dit Ehlinger à Graziedei. Elle balança un coup d’œil soupçonneux à Steven.

– On prend la relève, dit Graziedei.

– Quoi ? C’est une blague ? répliqua Ehlinger.

– Ordre de Walsh. On y est pour rien.

– Appelle le chef, dit Ehlinger à Grasso.

Grasso se précipita sur son téléphone portable et se mit à pianoter avec fébrilité en s’écartant du groupe.

Graziedei s’approcha du corps. Des éclats de verre jonchaient le sol. Il s’accroupit.

– Qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-il en tendant la main pour soulever un coin de la couverture.

– Eh ! Touche pas, cria Ehlinger.

Graziedei suspendit son geste.

– T’as peur que je laisse mes empreintes, Ehlinger ? Ça risque de te mélanger les neurones ?

Ehlinger allait répliquer, mais Grasso rejoignait leur groupe.

– Je viens d’avoir Walsh, glapit-il. C’est vrai, il leur a donné notre enquête. (Il brandissait son portable comme s’il s’agissait d’une preuve.) Il veut qu’on rentre, ajouta-t-il avec l’air malheureux de quelqu’un à qui l’on demande d’écourter ses vacances.

Ehlinger se tourna vers Graziedei :

– Pourquoi il a fait ça ?

– Peut-être qu’il veut des résultats ? dit une voix.

C’était Steven qui avait fait la remarque. Ehlinger déporta son attention vers lui, comme si elle condescendait enfin à noter sa présence.

– Tu nous cherches, Whitmore ? dit-elle avec hargne.

– Laisse tomber, Ehlinger, fit Graziedei, essayant de calmer le jeu. Écoute, vois ça directement avec Walsh, nous, on se contente de suivre les ordres.

Ehlinger fit un effort pour se maîtriser. Ses traits se crispèrent sous la contrainte.

Graziedei souleva un coin de la couverture. Difficile d’identifier à qui appartenait le visage. De profondes entailles le défiguraient. Des morceaux de verre baignaient dans une bouillie de chair et de sang. L’inspecteur se tourna vers Steven, attendant sa réaction, mais il n’obtint qu’un air morne, fermé. Il reporta son attention sur la face en lambeaux.

– Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? dit-il à l’adresse d’Ehlinger. Je prophétise qu’il ne s’est pas fait çà en se rasant, ajouta-t-il sur le ton de la plaisanterie pour détendre l’atmosphère.

Personne ne rit.

– Il s’est jeté du quatrième, lâcha Ehlinger à contrecœur. Apparemment, c’est un suicide.

– Apparemment ? C’est pas sûr ? dit Graziedei en se relevant.

– À vous de voir, c’est votre enquête maintenant, répliqua Ehlinger.

– Au moins, dites-nous qui c’est, reprit Graziedei en donnant un coup de tête vers le corps. Si vous avez réussi à le découvrir.

Ehlinger le toisa d’un air mauvais.

– Tu crois qu’on se tournait les pouces en vous attendant ? s’enflamma Grasso.

Avec ses doigts boudinés, il effeuilla avec frénésie les pages d’un minuscule carnet de notes.

– Docteur Kevin Matthews, annonça-t-il d’une voix triomphale.