Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 117
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Les sirènes de police réveillèrent Steven en sursaut. Exténué, il s’était assoupi sur une palette. Puis la lueur des gyrophares anima les vitrages comme des illuminations de Noël. Pour Steven, avec ce qu’il avait découvert, c’était les fêtes avant l’heure, sauf que le père Noël qui entra dans l’usine n’en avait ni le costume ni l’air jovial. Walsh, accompagné d’une bonne dizaine de flics, fonçait sur lui.
Le chef se campa devant lui, arborant la tête du type réveillé au petit matin par un coup de poing. Il n’avait pas cru Steven lorsque ce dernier lui avait dit qu’il détenait une citerne de preuves établissant que Charles Rylander était un tueur en série. Steven lui avait envoyé des photos pour le convaincre. L’étagère de têtes avait remplacé mille explications.
Steven se leva de sa palette et désigna le trou béant.
– C’est là.
Walsh se contenta de hocher la tête, l’air sombre. Pour lui, l’ascenseur pour le 7e Ciel venait de se bloquer entre deux étages. Il fit un geste vers les gars de la Scientifique qui piaffaient d’impatience, en combinaison blanche et valise métallique à la main. Ils se ruèrent vers la citerne, comme si l’heure du petit déjeuner venait de sonner.
Steven s’éloigna. Il n’avait qu’une envie, quitter la zone avant que Walsh retrouve ses esprits et le saoule de questions. En se dirigeant vers la sortie, il vit Graziedei s’encadrer dans la porte. Il se hâtait de rejoindre les autres, mais lorsqu’il reconnut Steven, il s’arrêta et prit un air penaud. Il devait s’en vouloir d’avoir douté à ce point de son partenaire et de l’avoir traité un peu à la légère ces derniers temps.
Non, pitié, pensa Steven, pas de repentir, pas d’excuses.
Une grimace de dépit déformait les traits de Graziedei lorsqu’il ouvrit la bouche.
– Écoute, mon grand…
Steven passa tout droit devant lui.
– J’ai besoin de prendre l’air, lâcha-t-il, au passage. Va voir, tu comprendras.
Le froid du dehors enserra sa tête dans un étau et une bouffée d’euphorie l’envahit. Il avait réussi. L’avenir se débouchait devant lui. Un mandat d’arrêt allait être lancé contre Rylander. On allait le réintégrer — avec félicitations ! L’enregistrement vidéo où il frappe Rylander virerait de la bavure policière à l’acte héroïque.
Mais le plus important c’était Sandra, Lauren, Lisa, Svitlana, Courtney, Annabelle, Janet… Karen. Il pourrait aller voir les familles. Elles n’en avaient pas fini avec leur douleur, mais elles pourraient mettre un visage sur le responsable des crimes et commencer un vrai deuil.
Karen.
La découverte de son cadavre momifié avait provoqué un choc épouvantable qui ébranlait encore Steven. Dans l’obscurité de la citerne, il n’avait pu s’empêcher d’imaginer, avec horreur, le sort que le monstre avait réservé à Karen. Pour Steven aussi, l’heure du deuil était arrivée. Alors que le cadavre pendait dans le noir, de l’autre côté de la bâche, il avait senti se dénouer une question qui le rongeait depuis deux ans. Une vérité lui était apparue : l’amour qu’il éprouvait pour Karen était mort depuis longtemps. Seule la disparition de la jeune femme avait maintenu l’illusion qu’il vivait encore en lui. Désormais, Karen avait rejoint le cortège des victimes de Rylander, à égalité avec toutes les autres.
Cette pensée le tourna vers Ann. Par réaction avec ce qu’il venait d’endurer au voisinage de la mort et des cadavres, il sentit une force de vie le traverser. Un désir impérieux se manifesta en lui, il voulait aller retrouver Ann pour lui dire en face que, grâce à elle, le monstre avait été démasqué. Mais, plus que tout, il avait envie de la serrer dans ses bras, de refaire l’amour, d’être avec elle.
Arrivé près de sa voiture, il prit son portable et ouvrit son répertoire, mais il resta pétrifié, le doigt en l’air. Une sombre pensée venait de le rattraper. Il avait envie d’annoncer à Ann qu’il venait la rejoindre, mais c’est un message d’une tout autre nature qu’il se contraignit à lui envoyer. Et sous la forme d’un texto :
« J’espère que tu vas mieux depuis que je t’ai laissée. Bonne nouvelle, Rylander est cuit. Grâce à toi. Je ne peux pas venir te voir tout de suite. Trop occupé sur place. Désolé. Dès que je suis libre, je t’appelle ».
Son message lui parut si froid. Il chercha une petite formule pour adoucir un peu le ton. Il n’en trouva pas. Il ne savait pas écrire ces choses-là. Surtout pour couvrir un mensonge.
Il appuya sur « envoi » et monta dans sa voiture. Il avait conscience que ce qu’il s’apprêtait à faire pourrait tout gâcher entre eux.