Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 130
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C’était une longue plainte mélancolique et résignée.
Le chant de la souffrance.
Non, ce n’était pas ça. Ann s’en rendit compte en reprenant connaissance. C’était le vent qui s’infiltrait dans la grande salle des abattoirs Stammers.
Comment se retrouvait-elle là ? Que lui était-il arrivé ?
Le froid la fit sortir de sa torpeur. Elle entrouvrit les yeux. La salle baignait dans la pénombre. Était-ce la nuit ? Tendus au-dessus d’elle, ses bras lui faisaient mal. On lui avait lié les mains. On l’avait attachée… il l’avait attachée. Un mauvais pressentiment la traversa, elle roula ses yeux sur le côté. Une sorte de console à roulettes avait été tirée à ses pieds. Sur le dessus s’empilaient des objets qu’il avait dû récupérer dans la salle : couteaux, crochets, vrilles, clous. Elle connaissait cette préparation. Une bouffée de terreur la submergea. Elle se mit à hurler tout en se débattant. Son cri se répercuta sur les murs en un chœur horrifié. Les chaînes qui l’entravaient tintaient au-dessus d’elle.
Surgies de ses souvenirs de la citerne, des visions l’envahirent. Elle savait ce qu’il leur faisait. Elle lutta un moment, puis se laissa retomber, sans forces. Elle n’entendait que son souffle haletant et le cognement de son cœur dans sa poitrine.
Puis il y eut un petit bruit de frottement.
Ann redressa la tête. Il avait attendu dans l’ombre qu’elle s’épuise, comme à chaque fois. Il s’avança vers elle, il était nu, insensible au froid polaire qui régnait dans la salle. Une vague de dégoût la traversa quand elle s’aperçut qu’elle le trouvait beau. Il avait un corps parfait, harmonieux, sculpté par la pratique sportive. Un demi-dieu. Nu, c’était toujours comme ça qu’il se présentait à ses victimes. Malgré l’horreur de la situation, sa beauté plastique avait dû les subjuguer. C’est ce qu’il voulait, les provoquer, les troubler avant qu’elles réalisent ce qui les attendait.
Mais Ann voyait qu’elle ne l’excitait pas, il n’était pas en érection. Elle en connaissait la raison : « Je suis désolée de vous décevoir, mademoiselle Milande, lui avait-il dit au bar, mais vous n’êtes pas mon type de femme. Rien ne se passera entre nous ».
Elle ne collait pas à son fantasme, pourtant il avait reproduit la mise en scène immuable. Elle savait qu’il l’avait attachée comme les autres parce que c’était son moyen d’affirmer sa domination.
Il approcha son visage du sien, presque à l’embrasser. Elle sentait son eau de toilette de luxe, parfumée à l’odeur de mort.
– Tu m’as surpris avec tes stupéfiantes connaissances sur mes activités.
Ses lèvres tremblaient, il luttait pour maîtriser sa colère.
– Je ne sais pas comment tu les as obtenues et ça n’a plus d’importance. Mon sanctuaire a été découvert, j’ai vu l’inspecteur Whitmore sur place. À cause de toi, la police va me traquer pour le restant de mes jours. Et si ces crétins finissent par m’avoir, je pourrirai dans le couloir de la mort.
Du coin de l’œil, Ann aperçut sa main se tendre vers la table, tâtonner. Il rapprocha quelque chose à l’aspect rouillé qu’il pressa sous sa gorge : un couteau. Elle sentit une pointe lui entailler la peau. Du sang se mit à couler. Une onde de frayeur l’envahit. Elle faillit crier, mais réussit à se contenir. Entendre leur peur, la voir déformer leurs traits, c’était son désir. Il se reflétait dans ses yeux avides qui scrutaient son visage.
– Tu n’es pas mon genre. Mais je vais faire une petite exception, parce que personne n’a le dernier mot avec moi, surtout pas une femme. Avant que je disparaisse pour toujours, je veux que tu fasses quelque chose pour moi.
Elle sentit la pression augmenter sur sa gorge.
– Je veux t’entendre rire.