Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 123 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 122

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122

 

Il faut plus de dix heures de voiture pour se rendre à Wells, dans le Maine. Au bout de quelques heures de conduite, Ann décida de s’arrêter. Il était à peine six heures du soir, mais elle était crevée. Elle avait piqué du nez plusieurs fois et manqué de balancer la Chrysler dans le fossé. Les événements des dernières heures lui avaient siphonné les faibles réserves nerveuses qu’elle s’était reconstituées.

Elle se dégotta un motel du côté de Rochester dans l’état de New York, sur la 90. La tête sur l’oreiller, elle s’endormit aussitôt. Elle se réveilla vers dix heures du matin. En milieu d’après-midi, elle arrivait à Wells, une petite ville au bord de l’Atlantique bien sympathique. Elle devait l’être surtout en période estivale, car l’hiver avait jeté une couverture de plomb sur toute la région. De toute façon, Ann n’en avait rien à faire de l’océan, elle s’arrêta non loin de chez son père sans avoir aperçu la moindre goutte d’eau salée.

C’est donc là que tu te caches.

Ann s’était garée de l’autre côté de la rue à une centaine de mètres et observait la « planque », une maison banale en bardeaux défraîchis fondue dans un voisinage sans âme. Sa nouvelle vie. Une camionnette stationnait devant, avec l’enseigne « Mary and Jack Florist » peinte sur les côtés. Pour vivre, il devait se contenter de livrer des fleurs pour Mary et Jack. Il était loin, l’architecte à l’avenir prometteur. Tout sentait la médiocrité, la petite vie étriquée, la honte et la solitude. C’était surtout comme ça que Ann avait envie de percevoir les choses. Elle était satisfaite de voir où il avait échoué. Découvrir qu’il habitait un joli cottage face à l’océan avec une grosse voiture dans la cour et une nouvelle compagne l’aurait salement dérangée.

Elle observait la façade de la maison depuis plus d’une demi-heure. Aucun signe de vie, pourtant il était chez lui, elle en était certaine.

Qu’attendait-elle ? La vérité était là, à une poignée de secondes. Il lui suffisait d’aller sonner à la porte.

Plus personne ne peut me mentir.

Une rue à traverser. Quelques pas et tout sera fini…

Ann frappa violemment le volant.

– STEVEN ! hurla-t-elle comme s’il se cachait dans l’habitacle. Elle éclata en sanglots, de rage et de colère.

« Réfléchis », lui avait-il dit. L’idiote, c’est ce qu’elle avait fait. Pendant tout le trajet, elle avait ruminé ses arguments et senti ses convictions s’effriter. Steven n’était pas n’importe qui. Il était inspecteur de la police criminelle et passait son temps à traquer le mensonge chez les témoins et les suspects. Elle avait du mal à croire que Peter Milande ait berné si facilement le policier. Son père lui aurait donc dit la vérité ? Sa mère se serait suicidée ? Ann était-elle sur le point de condamner un innocent à mort ?

Et même si elle gardait foi en l’hypothèse de sa culpabilité, elle commençait à douter qu’elle oserait employer son pouvoir sur lui. Plonger dans l’esprit de Zlotnick et Rylander avait été des expériences si terrifiantes. Fouiller celui de son père lui ferait vivre le meurtre de sa mère. Y était-elle prête ?

Les yeux rivés sur la maison, elle repensa à Steven. Il avait sonné à cette porte : « Bonjour, Monsieur Milande, je suis l’inspecteur Whitmore. Comme votre fille risque de venir pour vous exploser le cerveau, j’aimerais régler deux trois petites choses ».

Elle resta encore un moment, marinant dans ses doutes, traversée par de brusques envies de se précipiter de l’autre côté de la rue pour en finir une bonne fois pour toutes. Soudain, une idée lui frappa l’esprit. Mais, oui, elle avait peut-être un moyen de trancher le dilemme qui la paralysait. Pour cela, elle devait vérifier une dernière chose.

Elle tourna la clef de contact et démarra la Chrysler. On aurait dit un monstre mécontent réveillé en sursaut. Ann amorça un demi-tour. Au passage, elle lança un coup d’œil vers la maison. Elle crut voir quelqu’un bouger derrière la fenêtre de l’étage.

– Tu n’es pas encore sauvé, dit-elle d’une voix lugubre.