Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 23
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23
La salle de sport privée occupait le vingtième étage du building de la Rylander Corp. Charles Rylander suait sur le tapis de course placé face à la verrière d’où il dominait la ville congelée. Seuls quelques panaches de fumée blanche ondulaient dans le terne ciel d’hiver.
Il appréciait cette sensation de courir sur la ville. Il pensait à l’inspecteur Steven Whitmore. Ce petit fouineur commençait à devenir intéressant. Malgré son éviction de l’affaire, il avait rendu visite à Susan. Charles aimait bien ce genre de personnalité qui n’avait pas peur de prendre des risques en sortant des sentiers battus. Il y avait toujours quelque chose à tirer de ces comportements excessifs.
Du coin de l’œil, il vit la silhouette courtaude de Fred Turner s’approcher.
Il arrêta le tapis, en descendit et reprit son souffle, plié en deux, mains sur les genoux. Puis il jeta une serviette autour de son cou.
– Vous tombez bien, Fred, je commençais à en avoir assez de cet appareil.
Il s’épongea le front.
– Vous prenez le petit déjeuner avec moi ?
Turner avait l’air éteint.
– Non merci, dit poliment l’avocat, je l’ai déjà pris.
Rylander s’approcha d’un bar et se servit un grand verre de jus d’orange.
– Il paraît que vous avez été formidable à la barre, hier.
– Merci, dit l’avocat sans enthousiasme.
Rylander l’entraîna dans le coin salon, ils s’assirent dans des fauteuils en rotin, environnés de plantes vertes.
– Vous avez quelque chose pour moi, on dirait, dit Rylander en pointant l’index vers la sacoche en cuir que Turner avait posée sur ses genoux.
L’avocat l’ouvrit, en sortit une chemise qu’il tendit vers Rylander.
– Des choses intéressantes ? fit ce dernier en souriant.
Turner fit une moue.
– La vie d’une huître est mille fois plus compromettante que celle de ce type. Si vous cherchez du croustillant ou de quoi l’attaquer, vous serez déçu, dit-il, en désignant la chemise.
– Vous ne savez pas ce que je cherche.
– C’est exact.
Rylander feuilleta rapidement le dossier. À coup de coupures de presses, de photos et de documents divers défilait le résumé de la vie de Steven Whitmore.
– Mais comme je vous l’ai dit, reprit Turner, il a été dessaisi de cette affaire d’enlèvements. Il n’est plus sur le coup, vous ne devriez plus en entendre parler.
– Vous oubliez sa visite chez Susan.
– Walsh l’a sûrement remis à sa place, à l’heure qu’il est. Laisser tomber ce type, Charles, ça ne vous attirera que des ennuis.
– Vous avez raison, répondit Rylander machinalement, mais l’avidité avec laquelle il dévorait le dossier démentait ses propos.
– Bon travail, Fred.
Il referma la chemise et se cala dans son fauteuil. Il adressa un large sourire à l’avocat. Le message était clair.
– Je vais vous laisser, dit Turner en se levant.
– Merci, Fred.
Turner à peine sorti, Rylander se replongea dans les documents.
Tout y était. Il sourit : Fred avait fait un boulot d’enfer. La menace de révéler son escapade chez la prostituée l’avait motivé bien plus que ses honoraires faramineux. Comme quoi l’argent n’est pas tout, pensa-t-il. Heureusement.
Se succédaient, classées dans l’ordre chronologique, les balises de la vie de Whitmore. Extraits de naissance, photos des parents de Steven, album de l’école, photos de Steven dans l’équipe de football, cursus scolaire jusqu’à l’école de police, ses débuts à la criminelle avec des résultats excellents. Des articles de presse concernant les affaires sur lesquelles il avait travaillé, etc.
La trajectoire d’un policier doué, promis à un brillant avenir. Une vie privée sans grand intérêt. À première vue, rien de bien palpitant. Charles comprenait qu’aux yeux de l’avocat, les éléments de la biographie de Whitmore ne présentaient aucune aspérité à exploiter. Mais Turner ne se doutait pas du plaisir qu’il éprouvait en pénétrant par effraction dans l’intimité du policier. Il contemplait des fragments de vie qui n’auraient jamais dû quitter la sphère restreinte de proches. L’intrusion dans le domaine privé de l’inspecteur lui donnait une impression de domination qui lui procurait une intense jouissance.
Tout à coup, une photo frappa son attention. Il mit quelques secondes avant de réaliser ce qu’il voyait. Il la sortit lentement de la chemise en plastique dans laquelle elle était glissée. Il la posa devant lui, avec précaution, presque religieusement.
Inattendu, pensa-t-il, inattendu et bienvenu.