Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 127 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 126

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126

 

Mordu par le froid, Steven remonta le col de son manteau, claqua la porte de sa voiture et marcha vers l’entrée du night-club. Sans se cacher, sans s’exciter, les guetteurs se passaient l’info : « Flic en vue ». Les dealers disparaissaient dans tous les trous disponibles, comme des escargots dans leur coquille. Pas de panique excessive, le flic était attendu par l’Anguille.

Deux Noirs baraqués gardaient l’entrée du club. L’un d’eux cracha son cure-dent et ils pivotèrent comme des portes d’écluse pour le laisser passer.

Peu de monde, la clientèle du soir n’était pas encore arrivée. Collés à une estrade, quelques mâles hébétés reluquaient une fille à moitié nue qui exécutait mécaniquement quelques déhanchés lascifs autour d’une barre.

Le QG de l’Anguille était au premier. Steven se heurta au deuxième point de contrôle, au bas de l’escalier. « Le flic est attendu ». On s’écarta. Il monta les marches sous les regards fermés. Méfiance, dédain, mépris.

Steven fut introduit dans le bureau. L’Anguille l’invita à s’asseoir. Une demi-douzaine d’hommes de main assistait à l’échange. Son surnom, l’Anguille ne le devait pas à son physique. Il était bien trop gros, au point de déborder du fauteuil dont il ne s’extirpait jamais, d’après la légende. Il avait une peau noire trop tendue, lisse comme celle d’un bébé. Une balle dans n’importe quelle partie du corps l’aurait fait exploser comme une baudruche. Ce n’était pas près d’arriver, car il avait gagné son surnom par sa faculté à échapper aux tentatives d’assassinat visant à l’éjecter du circuit, et sa capacité à esquiver toute condamnation pour le trafic de drogue qu’il dirigeait. Le tout sans bouger de son fauteuil.

Il était très intelligent et curieux, Steven savait qu’il serait intéressé à le recevoir.

– Très étonnant de vous voir dans ces conditions, inspecteur Whitmore, dit l’Anguille, amusé.

– Tu as ce que je t’ai demandé ?

Le trafiquant esquissa un geste imperceptible de sa main potelée et l’un de ses hommes s’éclipsa. Puis, il se cala dans son fauteuil et sourit.

– Il y a des rumeurs comme quoi vous seriez sur le point d’être remercié de la police ?

– Tu fais attention aux ragots, toi, maintenant ?

– C’est juste pour dire quelque chose en attendant. Je ne suis pas doué pour parler de la pluie et du beau temps, je ne vois jamais le ciel.

De retour, l’homme de main posa un coffret allongé devant Steven. D’un signe de tête, l’Anguille l’invita à l’ouvrir.

Il contenait une seringue et une fiole.

– Il est efficace ton produit ? dit Steven.

– Très. La mort est instantanée. J’ai demandé à ce que l’on porte une attention particulière à votre commande, inspecteur.

– Qu’est-ce qu’il y a dedans ?

– La composition ? Je ne suis pas certain que vous vouliez savoir. L’important c’est qu’il vous donne satisfaction, non ?

Steven prit la boîte.

– Combien ?

– Rien. Cadeau de la maison. (Il sourit de toutes ses dents.) Pour une fois qu’on peut rendre service à la police.

Coffret en poche, Steven quitta les lieux.

Une piqûre mortelle. C’était la solution expéditive à laquelle il s’était résigné. Dès les premières manifestations de la folie suicidaire, il s’injecterait le produit.

Bonne ou mauvaise idée ? Steven n’en savait rien. Il naviguait à vue, dans l’urgence, sans trop réfléchir, sa raison obscurcie par la peur. La seule chose dont il était sûr, c’est que l’instinct de survie le poussait à rester en vie. Il n’utiliserait la seringue qu’au tout dernier moment, en priant qu’un ultime éclair de lucidité lui permette de le faire.