Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 55
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La visite chez la mère de Zlotnick l’avait tuée. Ann rentra dans son appartement en proie à un mélange de fureur et de désespoir. Tout ce temps perdu. De sa confrontation au parloir restait l’effroyable flot des souvenirs de Zlotnick et ses victimes qui défilaient dans sa tête comme un carnaval d’épouvante.
Quelle injustice ! Pourquoi avait-elle survécu à son accident ? Pourquoi disposait-elle d’un pouvoir extraordinaire, mais qui tuait les gens ? Pourquoi son père était-il si difficile à trouver ? Pourquoi personne ne l’aidait-il ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
Ann s’assit sur le banc devant le piano et souleva le capot du clavier. Elle ferma les yeux et fit danser lentement ses doigts sur les touches, sans les enfoncer.
Mais la magie n’opéra pas. La musique qu’elle sentait naître dans sa tête devint un chant lugubre exécuté par un chœur composé de ses victimes : Spivak, Matthews, Amber, Zlotnick. Elle s’affala sur le clavier, faisant exploser une grappe de sons dissonants dans l’appartement.
Vouloir la vérité, était-ce donc un crime ? Fallait-il tuer pour la connaître ? Devrait-elle sacrifier d’autres victimes avant qu’elle lui soit révélée ?
Elle se leva et se dirigea comme un fantôme jusqu’au coin cuisine. Elle sortit la boîte d’olives entamée du frigo où elle occupait rigoureusement la même place que celles qui l’avaient précédée : à droite, comme dans l’armoire. Puis elle captura, une par une, huit olives avec la petite cuillère argentée. Elle pressa chacune d’elles sur le bord pour faire s’écouler l’eau dans laquelle elles baignaient et les glissa dans la coupelle blanche.
Concentrée sur l’opération, elle sentit sa détresse s’apaiser. Coupelle en main, elle s’approcha de la verrière. La dernière fois, qu’elle avait laissé planer son regard à l’horizon, il l’avait emmenée à la prison de Lucasville. Cette fois, elle avait envie qu’il se perde jusqu’au néant.
Tout à coup, sa coupelle d’olives lui tomba des mains et s’écrasa sur le plancher. Ann sentit les poils de sa nuque se dresser. Quelque chose avait bougé chez Bennett, au même endroit que l’autre soir. C’était imperceptible, une ombre glissant sur une ombre.
Ne pas paniquer. Rester calme.
Facile à dire, la panique la saturait. Elle réussit à trouver la force de résister à l’envie de courir se réfugier au fond de l’appartement. Elle voulait en avoir le cœur net. Elle fit semblant de contempler le magnifique panorama de fin du monde, tout en jetant des coups d’œil chez Bennett.
Les secondes passèrent. Rien. Aucun mouvement. Son esprit lui jouait encore un tour. L’ombre frémit un instant. Ann sentit des sueurs froides la traverser. Puis une tache se précisa. Un visage apparut.