Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 36 sur 160

Pages du PDF

Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 35

OceanofPDF.com

35

 

– Alors, comment ça s’est passé avec Milande ? demanda Graziedei en reculant son siège d’un coup de reins.

– Elle me détestait avant de savoir que j’existe.

– Ça, c’est bizarre, c’est plutôt quand on te connaît que ça arrive.

Steven sourit et posa son café sur son bureau.

– Je pense qu’elle n’aime pas trop les figures de l’autorité, dit-il, en s’asseyant.

– Pourtant, t’as une assez belle gueule dans ton genre pour une « figure de l’autorité ».

– En tout cas, à part le fait que ma visite l’a perturbée, ça n’a rien donné. Je n’ai pas réussi à la déstabiliser au point d’apprendre quelque chose d’intéressant.

Elle avait tenu le choc. À la fin de leur confrontation, elle avait même gagné en assurance. Ses questions sur le docteur Matthews ne l’avaient pas perturbée. Elle avait eu un entretien médical avant sa sortie et elle ne l’avait pas revu depuis. Steven avait compris qu’il n’en tirerait rien de plus, il avait quitté les lieux.

Il éprouvait un drôle de sentiment à son égard. Elle lui avait tapé dans l’œil et pourtant les trois suicides commençaient à prendre une connotation criminelle. Elle y était mêlée, c’était évident. Simple coïncidence statistique ? Même Ehlinger aurait du mal à y croire.

– Et toi, Tony, tu as avancé sur le « comment » ?

– En fait, non, dit Graziedei. Je suis parti du principe qu’avec ses séjours en hostos psychiatriques, Milande avait fricoté avec tout un tas de médicaments qui agissent sur le cerveau. Ces endroits sont la Mecque de ce genre de produits. Je me suis dit qu’elle pouvait avoir réussi à dérober une substance miracle avec laquelle elle aurait pu les empoisonner.

– Et alors ?

– J’ai passé quelques coups de fil dans les endroits où on l’a admise. J’ai décrit les suicides tels qu’on nous les a rapportés avec les résultats négatifs des autopsies. Apparemment, des produits capables de déclencher ce type de folie, ça existe. Mais sans laisser la moindre trace dans l’organisme, sans marque de piqûre, griffure ou autre, ça ne leur dit rien. Par contre, un des psys a insisté pour que je le rappelle sans faute si on trouvait quelque chose. Il avait l’air très intéressé, il en bavait d’envie au téléphone.

Steven hocha la tête.

– Donc, on n’a pas le « comment ». Et on n’a pas non plus le « pourquoi ». D’après les témoignages des entourages, aucune des trois victimes n’a présenté Ann Milande comme une menace. Pourtant, elle doit bien avoir une raison pour les pousser à mettre fin à leurs jours.

– Non, aucune.

– Comment ça, aucune ?

– Tu oublies son passé psychiatrique. Si c’est une dingue, elle peut se raconter n’importe quelle histoire débile pour entrer en action. Et plus c’est tordu, mieux c’est.

Steven fit une moue dubitative. Ça le dérangeait que Graziedei présente Ann Milande comme une folle.

– C’est vrai, se contraignit-il à admettre.

Il désigna les dossiers étalés devant son collègue d’un coup de tête.

– Tu as le nom de quelqu’un qui s’est occupé d’elle ?

Graziedei fouilla dans sa paperasse, en exhuma un feuillet.

– Le Dr Nancy Frauman. C’est la psychiatre qui l’a suivie pendant pas mal d’années.

– Alors, elle doit savoir un tas de choses sur Ann Milande. Je vais lui faire une petite visite.

– Tu rigoles ? Elle ne risque pas de l’ouvrir. Tu connais les psys et leur foutu secret professionnel ! Ils sont encore plus muets que leur divan.

Steven se frotta le menton en réfléchissant. Graziedei n’avait pas tort. Son grand sourire et son insigne de police seraient loin d’être suffisants pour que Frauman se confie. Il se tourna vers son ordinateur. Il entra le nom du docteur dans un champ de recherche.

– … Nancy Frauman, diplômée de l’Université Johns Hopkins. Adresse, OK… Ah ! Deux enfants… Lisa, douze ans et William, dix ans… C’est bien ça.

Un sourire s’afficha sur ses lèvres, dévoilant ses canines.

– Tu penses à quoi, là ? dit Graziedei en fronçant les sourcils.

– Tu peux me sortir le dossier Osborne, s’il te plaît ?

– Euh, oui. Pourquoi ?

– Tony, insista Steven. S’il te plaît.

D’un coup de reins, Graziedei fit rouler sa chaise jusqu’à une armoire métallique derrière lui. Il en exhuma un dossier et se propulsa vers son bureau.

– Sors-moi les photos les plus dégueulasses, lui demanda Steven sur un ton impératif. Graziedei ouvrit grand les yeux.

– Bon sang, Steven. Je te sens pas, là. Qu’est-ce que tu... ?

La chemise restait figée dans sa main. Steven soupira, il se pencha et la lui arracha. Il en sortit quelques photos, jeta le reste sur le bureau et se leva.

– Va pas faire de conneries ! s’écria Graziedei dans le dos de Steven qui s’éloignait. C’est vraiment pas le moment.

Steven se figea et se retourna.

– Quoi ? Quand je ne suis pas sur le coup, ça ne te va pas. Et quand je m’implique à fond, ça ne te va pas non plus ?

Et il reprit son chemin vers la sortie.