Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 47 sur 160

Pages du PDF

Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 46

OceanofPDF.com

46

 

Steven arrêta sa main à quelques centimètres de la poignée de porte de son appartement. Il tremblait de colère et de désarroi à l’idée que Rylander était venu chez lui. Sa première impulsion fut de se ruer dans son bureau. Mais pourquoi ? Pour constater que la photo de Karen n’était plus sur le mur des victimes ? Alors qu’il l’avait glissée dans sa poche ? Autant vérifier que le soleil ne brille pas la nuit.

Steven fit un violent effort pour se calmer. Il réussit à mettre sa rage en veilleuse. Il devait redevenir flic. Opérer froidement et lucidement, considérer son appartement comme une scène de crime. Un crime, c’est bien ainsi qu’il voyait le sacrilège commis par Rylander.

Tout d’abord, il examina la serrure. Elle ne semblait pas avoir été forcée. Steven tourna avec précaution sa clef. La porte s’ouvrit sans problème.

Il resta un instant sur le seuil et jeta un coup d’œil circulaire. À première vue, aucune trace d’intrusion. Il s’avança et inspecta les lieux. Rien n’avait été déplacé, mais un malaise s’empara de lui, il sentait qu’une présence étrangère s’était introduite chez lui. Mais Steven ne se fia pas à ce genre d’impression, facilement induite par le subconscient.

Il aurait presque préféré trouver son appartement saccagé, signant une déclaration de guerre ouverte, un affrontement direct. Mais ce salaud de Rylander était bien plus subtil, beaucoup plus tordu.

Il s’approcha de la porte de son bureau. Elle était fermée, comme il l’avait laissée à son dernier passage. Il piocha un mouchoir en papier dans une boîte et s’en servit pour tourner la poignée, au cas, peu probable, où des empreintes pourraient s’y trouver.

Il entra et porta son attention sur le mur des victimes. L’effet de surprise le cloua sur place : la photo de Karen y était toujours. Steven plongea sa main dans sa poche et sortit celle récupérée aux pieds de Rylander. Ça n’avait pas de sens, Steven se souvenait de n’avoir fait qu’un tirage. Un habile petit tour de passe-passe devait forcément tout expliquer.

Il décrocha la photo du mur et déblaya sa table de travail d’un revers de manche. Puis il posa les deux clichés l’un à côté de l’autre. Il commença par nettoyer la tache de sang qui souillait la « photo de Rylander » et s’absorba dans leur comparaison.

Il nota aussitôt les différences. Les couleurs de la photo « Rylander » étaient plus vives, la définition un peu moins bonne. Le tirage était plus récent. C’était une copie de l’originale. Steven laissa planer son regard sur son bureau, sur l’ordinateur et l’imprimante-scanneur. Rylander avait tout le matériel sous la main pour dupliquer la photo. Une idée très déplaisante le traversa. Comme un idiot, il n’avait pas protégé l’accès à son ordinateur par un mot de passe. Avec horreur, il prit conscience de l’ampleur du désastre. Il imagina Rylander à sa place, un petit sourire aux lèvres : il explorait ses fichiers, parcourait ses courriers, consultait les papiers épinglés sur les panneaux de liège, feuilletait les documents, ouvrait les chemises, laissait glisser son regard sur le mur des victimes ; prenait l’entière mesure de l’enquête menée depuis deux ans.

Qu’avait-il ressenti en découvrant le post-it sur lequel était écrit « Rylander ? » collé sous les huit portraits ? Qu’il était sur la liste des suspects ? Ça, il le savait. Il avait dû sourire en voyant le point d’interrogation qui accompagnait son nom et résumait le noir dans lequel se débattait l’inspecteur Whitmore.

– Meeeerde ! cria Steven. Il donna un grand coup de pied dans la poubelle qui explosa dans une gerbe de papier.

Faisant des efforts démesurés pour ne pas céder à la panique, il raccrocha en tremblant sa photo de Karen sur le mur des victimes et quitta la pièce en emportant celle de Rylander. Il ferma la porte du bureau et se mit à arpenter l’appartement, incapable de rester en place. Rylander avait sûrement posé son regard partout, ouvert les tiroirs, les placards, le frigo.

Steven se fit violence pour se calmer et se laissa tomber dans son divan. Il devait réfléchir, évaluer les dégâts. Rylander savait déjà que Steven n’avait rien de concret contre lui, sa visite dans le bureau n’avait donc été pour lui qu’une confirmation. Restait la photo de Karen. Rylander avait anticipé qu’il partirait au quart de tour, sachant que dans le mauvais éclairage du soir, Steven ne verrait pas que c’était une copie.

Mais pourquoi lui avoir fourré une copie et non l’original sous le nez ? Parce qu’il savait que Steven se serait aperçu de son absence sur le mur des victimes, alors qu’en procédant comme il l’avait fait, Rylander avait pu choisir le moment opportun pour agir. Une pensée lui donna la nausée, depuis combien de temps Rylander était-il passé chez lui ? Un jour ? Deux, trois, quatre… ?

Une autre question le perturbait. Peut-être la première intention de Rylander était-elle d’explorer son appartement sans laisser de traces. C’est en voyant la photo sur le mur qu’il avait dû penser l’utiliser pour provoquer Steven, et il n’avait pas craint de révéler son passage.

Qui était l’homme qui l’avait défié à la sortie du supermarché : un psychopathe responsable de l’enlèvement de huit femmes ou un millionnaire blasé qui pimente sa vie en s’amusant avec un flic ?