Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 84
OceanofPDF.com
84
C’est l’odieux Graziedei qui vint dans sa cellule lui annoncer la nouvelle. Sans présenter d’excuses, il lui dit qu’elle pouvait partir et la gratifia d’un regard haineux quand elle passa devant lui.
Ann quitta l’immeuble sans croiser Steven. Arrivée sur le trottoir, elle fut tentée de l’appeler, puis elle renonça. Tout ce dont elle avait envie, c’était de rentrer chez elle, prendre une douche et rester seule.
C’était une voiture de police qui l’avait amenée au poste, elle racla les pauvres dollars qui erraient dans sa poche et héla un taxi. Elle dut batailler pour que le chauffeur accepte de la conduire dans la zone.
Il la laissa dans le parking des abattoirs et décolla à la hâte. Restée seule, elle sentit un malaise l’envahir, elle jeta un coup d’œil sur la fenêtre du fantôme, chez Bennett. Elle ne vit qu’un trou noir.
Pas rassurée pour autant, elle monta rapidement l’escalier métallique et accéléra le pas dans la coursive. Le fond du couloir était plongé dans l’obscurité. Une boule d’angoisse serra sa gorge. Elle sentit ses jambes flageoler. Elle ralentit, réfrénant l’envie de se ruer dans son appartement.
Il est là, dans l’ombre, il m’observe. Il a guetté patiemment mon retour.
Scrutant le fond du couloir, elle introduisit en tremblant la clef dans la serrure, poussa la porte et la claqua derrière elle. Elle s’adossa, les yeux fermés, attendant que cessent les palpitations de son cœur.
Enfin, elle ouvrit les yeux… et lâcha un cri d’horreur.
Une effroyable scène de pillage s’étalait sous ses yeux.
La perquisition. Elle l’avait oubliée. Ils avaient tout déplacé, retourné, éparpillé sur le sol. Ann sentit des larmes couler sur sa joue. Elle avait l’impression d’être victime d’une souillure qui l’affectait dans son être le plus profond. Ce n’était pas tant le désordre qui la révulsait, mais c’était de sentir les yeux soupçonneux qui avaient examiné, jaugé, jugé sans respect, froidement, avec méticulosité, chaque centimètre, chaque recoin, chaque objet. C’était imaginer les doigts grossiers qui avaient palpé, soupesé, tripoté.
Elle s’approcha du piano, la seule chose de l’appartement qui comptait. Elle l’entretenait de façon obsessionnelle, traquant la moindre poussière. De grosses traces grasses maculaient la laque noire. Les flics avaient levé le capot pour inspecter l’intérieur. Ann le rabaissa avec douceur.
L’enveloppe jaune gisait sur le parquet. Ils avaient examiné son contenu, l’avaient jugé sans importance et jeté sur le sol. Elle ramassa les feuilles et les rangea dans l’enveloppe. Elle la replaça sur le piano, à l’endroit exact où elle se trouvait avant leur passage.
Elle gagna la chambre. Ils avaient balancé sans ménagement les habits de la penderie sur le parquet, arraché les draps du lit, éventré le matelas, déplacé les armoires. Ils avaient vidé son tiroir de sous-vêtements sur le sol en échangeant sûrement quelques bonnes plaisanteries bien salées. L’ombre de Zlotnick plana un instant.
La cuisine. Ils avaient empilé les boîtes de conserves, paquets, ustensiles, vaisselle sur le plateau de travail ou le plancher. Ils avaient vidé les armoires dans l’évier, emporté ses médicaments.
Aucun aspect de son intimité n’avait été épargné. Elle regagna le salon. Les flics étaient partis, mais elle sentait encore leur présence oppressante, nauséabonde. Ce n’était pas seulement l’odeur âcre de leur sueur qui empestait encore, cela tenait à quelque chose de plus malsain : dans leur façon de perquisitionner, Ann percevait leur plaisir un peu honteux du saccage, caché derrière l’alibi de la fouille professionnelle.
Ann s’effondra sur son divan.
Son dernier refuge était contaminé.