Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 26
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26
Lorsque la mort d’Amber Winther s’afficha à la télévision, une panique incontrôlable déferla sur Ann. Elle s’enfuit de chez sa sœur. Une vérité absolue s’était emparée d’elle : c’est parce qu’elle avait utilisé son pouvoir sur Amber que cette dernière s’était suicidée.
Bouleversée, en larmes, elle effectua le trajet jusqu’à chez elle en manquant plusieurs fois d’envoyer la Chrysler dans le fossé. La mort d’Amber la ravageait, à cela se mêlait l’effroyable conviction qu’elle en était responsable.
De retour dans son loft, elle prit son téléphone. Elle hésita avant d’oser composer le numéro du Middlefield Hospital. Elle avait peur d’avoir la confirmation de ce qu’elle redoutait. Quand le secrétariat lui annonça que le docteur Matthews s’était suicidé, elle sentit une vague d’effroi la glacer. Elle lâcha son téléphone et plongea sa tête dans ses mains. Elle n’eut pas le courage d’essayer de savoir ce qu’était devenu John Spivak. Elle était persuadée qu’il s’était donné la mort.
Elle avait tué Spivak, Matthews et Amber.
Soudain, elle se mit à trembler. Une peur rétrospective la rattrapa : quelques secondes de plus et son pouvoir attaquait le cerveau de Doris. Elle avait failli tuer sa sœur ! Car elle en était persuadée, si elle avait plongé dans l’esprit de Doris, cette dernière se serait suicidée comme les trois autres. Par une ironie du sort, c’est l’annonce de la mort d’Amber qui, en détournant l’attention de Ann, avait bloqué le pouvoir et sauvé la vie de Doris.
Ann se lova dans son divan en position fœtale. Une tempête d’émotions la balaya. Son chagrin pour Amber se mêlait à sa terreur des effroyables répercussions de son pouvoir. À cela s’ajoutèrent des élans de rage qui éclataient comme des éclairs. Quelle injustice, quel coup en traître du destin, Ann en pleurait : le miraculeux pouvoir qui lui aurait permis de découvrir la vérité sur son père poussait les gens à se suicider ! Autant dire qu’il était inutilisable, car Ann n’avait rien d’un ange de la mort, elle ne tenait pas à semer des cadavres dans son sillage.
Le flot d’émotions se tarit, toute son énergie nerveuse s’était épuisée. Ann sortit de sa prostration. La nuit était tombée, le loft baignait dans l’obscurité. Elle se leva, tout endolorie. Elle se rendit dans le coin cuisine, se prépara une coupelle d’olives, puis elle s’approcha de la verrière. Aucune lumière ne perçait l’océan de ténèbres qui s’étalait devant elle. À l’horizon, un halo se reflétait dans le ciel, c’étaient les premiers signes de vie, le cœur de la ville qui battait.
Ann resta dans le noir, laissant planer son regard sur le morne spectacle. Sa rage s’était éteinte, faisant place à un calme inquiétant. Des réflexions froides remplaçaient les flots d’émotions stériles.
Elle goba une olive.
Responsable des suicides, vraiment ? Coupable de leurs morts ? Pourquoi ? À aucun moment, elle n’avait eu la moindre intention qu’Amber et les autres meurent. Rien ne prouvait que son pouvoir en soit la cause. Elle s’était contentée de les « écouter » comme jamais personne ne l’avait fait avant elle.
Elle s’était promis que rien ni personne ne l’empêcherait de poursuivre son but.
Une lueur glacée passa dans ses yeux. Tout ce qu’elle voulait, c’était la vérité sur le meurtre de sa mère.
Après tout, peut-être la mort était-elle le prix à payer ?