Si je dois te tuer ... (French Edition)
Chapitre 127
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Seringue en poche, Steven décida de se rendre aux abattoirs Stammers. Il espérait que Ann serait rentrée chez elle après son retour de Wells. Il avait craqué et lui avait laissé plusieurs messages sur son téléphone. Elle n’avait toujours pas répondu. Elle l’évitait.
La menace qui pesait sur lui paraissait tellement inconcevable, si irréelle, et pourtant elle le plongeait dans un état d’angoisse.
Il ne savait pas quelle serait sa réaction si Ann était chez elle. Il n’était pas capable de se projeter au-delà d’un désir simple : la voir. Au moins une ultime fois.
Déception. La Chrysler n’était pas dans le parking. D’après les traces de pneus incrustées dans la neige gelée, Steven déduisit que Ann n’était pas repassée depuis leur dernière rencontre. Il monta quand même jusqu’à son appartement et sonna plusieurs fois. Il insista. C’était absurde, elle n’était pas chez elle, c’était évident, mais il n’avait pas pu s’en empêcher.
Il décida d’attendre la jeune femme dans sa voiture. Au point où il en était, que pouvait-il faire d’autre ? Mais la situation devint vite intenable. Steven remuait les pensées les plus morbides. L’image des suicidés et leurs fins tragiques le hantaient. Il se voyait s’arracher les yeux et les avaler pour s’étouffer ou s’arroser d’essence et craquer une allumette… En plus, il guettait le moindre signe annonciateur de la crise de folie. Le petit coffret donné par l’Anguille reposait sur ses genoux.
Et pourquoi pas en finir tout de suite ? Il faillit plusieurs fois se jeter sur la seringue.
Il força son esprit à penser à autre chose et c’est ce qui le sauva d’un geste définitif. Sa nature profonde de flic fit resurgir un problème qui le tracassait depuis qu’il avait rendu visite à Peter Milande, mais sur lequel il n’avait pas pris le temps de se pencher.
Le temps ! Il lui en restait si peu, et pourtant Steven eut l’impression que régler le détail qui le chiffonnait était la chose la plus importante qu’il devait faire. La dernière peut-être...
Il démarra la voiture. Une bouffée d’énergie venait de lui donner un nouvel élan. Il n’attendrait pas la fin dans la peur et l’inaction. Être flic, c’était sa vie. Et c’est comme ça qu’il entendait la terminer : en faisant son boulot de flic.