Si je dois te tuer ... (French Edition)

Marc Larmigny · Chapitre 152 sur 160

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Si je dois te tuer ... (French Edition)

Chapitre 151

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151

 

Steven avait été incapable de le faire. Ce qu’elle lui avait demandé, ce soir-là dans la casse, était au-dessus de ses forces. L’idée de tuer Ann avait failli le rendre fou. Tout son être avait refusé le geste mortel. Lorsqu’il avait poussé le piston, sa main avait dévié la seringue et le poison avait giclé sur le sol.

L’ambulance était entrée en trombe dans la casse. Steven ne pouvait se résoudre à croire qu’on ne pourrait rien pour Ann. Les autres étaient morts par « surprise ». Cette fois, c’était différent. On mettrait Ann sous surveillance et quand le phénomène se déclencherait, les médecins pourraient l’endiguer. Et si la crise de folie survenait quand même, ils feraient tout leur possible pour adoucir ses derniers instants. C’est ce que Steven pensait. Et puis, il lui répugnait de voir mourir Ann dans cet endroit sordide, baignant dans son sang, dans le froid et la nuit, à deux pas du cadavre de Lupo.

Il lui avait caressé ses cheveux si noirs.

« Je ne t’ai rien promis », lui avait-il chuchoté en jetant la seringue, comme si c’était une consolation.

Puis il s’était retrouvé dans l’ambulance, les yeux rivés sur le peu qui restait visible du visage de Ann inconsciente, enfoui sous un masque respiratoire.

– Méchante blessure, avait susurré l’un des infirmiers en voyant la plaie dans le ventre de Ann.

Asséchant le distributeur à café, Steven avait tourné plusieurs heures dans la salle d’attente de l’hôpital, jusqu’au moment où le docteur Roberts — le chirurgien qui avait soigné Ann — était venu le voir.

– L’opération s’est bien déroulée. Pour le moment, elle est sous anesthésiques, elle restera inconsciente plusieurs heures. Inutile de perdre votre temps en restant ici, inspecteur, vous ne servez à rien. Retournez chez vous, je vous appellerai pour vous donner de ses nouvelles.

Steven avait obtempéré. Il avait pris sa voiture et roulé sans but dans la ville. À quoi bon rentrer chez lui ? Pour dormir ? Pourquoi sombrer dans l’inconscience alors que c’était si important de rester vivant ? Ne pas s’endormir… Au moins jusqu’à demain, pour voir Ann une fois encore... rester éveillé jusqu’au bout… jusqu’au bout de la folie. Ne pas devenir fou, pas avant de l’avoir revue… ne pas s’endormir… Rester éveillé…

Le coup de klaxon lui avait fait l’effet d’une décharge électrique. Hébété, il avait levé la tête de son volant et réalisé qu’il s’était assoupi à un carrefour.

Conscient qu’il était au bout du rouleau, il s’était réfugié sur le parking d’un centre commercial et s’était rendormi. Au petit jour, une patrouille de police lui avait demandé de dégager la place.

« Je suis flic ! » avait-il marmonné comme une justification avant de démarrer. Puis il s’était rendu directement au bureau avec l’idée de se replonger dans le dossier de Ann en attendant son réveil.