A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 8 sur 166

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A Vant Propos

Du désastre arrivé à l’armée du sultan dans la montagne Karâtchîl

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

« Donne-nous la mort immédiatement, sans ce supplice. » Il répondit :

« Par quelle cause avez-vous mérité de périr ? » Les deux condamnés

reprirent : « Par notre désobéissance aux ordres du souverain. » Le

vizir dit alors « Et comment pourrais-je transgresser son commande-

ment, qui est de vous faire subir ce genre de mort ? » Puis il dit à ceux

chargés de les dépouiller de leur peau : « Creusez des trous sous leur

p074 figure par lesquels ils puissent aspirer de l’air. » Or, dans ces pays

de l’Inde, quand on écorche les hommes, on les jette la face contre

terre. Que Dieu nous préserve d’un pareil supplice ! Après tous ces

actes de rigueur, les provinces du Sind furent pacifiées, et le sultan

retourna dans sa capitale.

 

DU DÉSASTRE ARRIVÉ À L’ARMÉE DU SULTAN

DANS LA MONTAGNE K 20 ARÂTCHÎL

 

C’est une montagne très vaste, de la longueur de trois mois de

marche ; et elle est distante de dix jours de Dihly. Son sultan était un

des plus puissants princes hindous, et le souverain de l’Inde avait en-

voyé, pour le combattre, le roi Nocbïah 21, chef des porte-encriers, qui

avait avec lui cent mille cavaliers et beaucoup d’infanterie. Il

s’empara de la ville de Djidiah 22, située au pied de la montagne, ainsi

que des lieux environnants ; il fit des captifs, il saccagea et brûla. Les

infidèles fuirent sur le haut de la montagne ; ils abandonnèrent leur

contrée, leurs troupeaux et les trésors de leur roi. Cette montagne n’a

qu’un seul chemin ; au bas il y a une vallée, et au-dessus la montagne

même ; les cavaliers ne peuvent passer qu’un à un. Les troupes mu-

sulmanes du sultan de l’Inde montèrent par ce chemin, et prirent pos-

session de la ville de Ouarangal 23, qui se trouve sur la partie élevée

de la montagne. Elles saisirent tout ce qu’elle contenait, et écrivirent

 

20 Le mot couvre peut-être l’ensemble de l’Himalaya, mais il s’agit plus proba-

blement dans ce cas du piémont situé au nord de Dihli, dans la région actuelle

de Himachal Pradesh. La date de l’expédition n’est pas, non plus, connue ; elle

devrait se situer entre 1330 et 1333.

21 Malik Nikpay, cité également au t. II, p. 413.

22 Non identifiée.

23 Non identifiée ; à ne pas confondre avec la capitale du Telingana dans le Dec-

can.

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

au monarque qu’elles étaient victorieuses. Celui-ci leur envoya un p075

kâdhi et un prédicateur, et leur ordonna de rester dans la contrée.

 

Au moment des grandes pluies, l’armée fut envahie par les mala-

dies, qui l’affaiblirent considérablement. Les chevaux moururent, et

les arcs se détendirent, de sorte que les émirs sollicitèrent du sultan de

l’Inde la permission de quitter le pays montagneux pendant toute la

saison pluvieuse, de descendre au bas de la montagne, et de reprendre

ensuite leurs positions dès que les pluies auraient cessé. Le sultan y

ayant consenti, le commandant Nocbïah prit tous les biens qu’il avait

réunis, soit en provisions, soit en métaux et pierres précieuses, et les

distribua aux troupes pour les emporter jusqu’à la partie inférieure de

la montagne. Lorsque les infidèles surent que les musulmans se reti-

raient, ils les attendirent dans les gorges de la montagne et occupèrent

avant eux le défilé. Ils coupèrent en morceaux des arbres très vieux ou

séculaires, qu’ils jetaient du haut de la montagne, et qui faisaient périr

tous ceux qu’ils touchaient. La plupart de ces gens moururent, et le

reste fut pris ; les Hindous se saisirent des trésors, des marchandises,

des chevaux et des armes. Il ne se sauva de toute l’armée musulmane

que trois chefs, savoir : le commandant Nocbïah, Bedr eddîn ou le roi

Daoulet châh, et un troisième personnage, dont je ne saurais me rap-

peler le nom.

 

Ce malheur affligea beaucoup l’armée de l’Inde et l’affaiblit d’une

manière évidente ; peu de temps après, le sultan fit la paix avec les

habitants de la montagne, à la condition qu’ils lui payeraient une cer-

taine redevance. Ces peuples possèdent, en effet, du territoire au pied

de la montagne, et ils ne pourraient le cultiver sans la permission du

souverain de l’Inde. p076