A Vant Propos
Des Messoûfites qui demeurent à Îouâlâten
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
mes hôtes, je nommerai : le juge de la ville, Mohammed, fils d’Abd
Allah, fils de Yénoûmer, et son frère, le jurisconsulte et professeur
Iahia.
La chaleur est excessive à Îouâlâten ; il y a dans cette ville quel-
ques petits palmiers, à l’ombre desquels on sème des melons et des
pastèques. L’eau se tire de ces amas d’eaux de pluie qui se forment
sous le sable. La viande de brebis y est abondante. Les vêtements des
habitants sont jolis et importés d’Égypte. La plus grande partie de la
population appartient à la tribu des Messoûfah. Les femmes y sont très
belles ; elles ont plus de mérite et sont plus considérées que les hom-
mes 743.
DES MESSOÛFITES QUI DEMEURENT À ÎOUÂLÂTEN
La condition de ce peuple est étonnante, et ses mœurs sont bizar-
res. Quant aux hommes, ils ne sont nullement jaloux de leurs épou-
ses ; aucun d’eux ne se nomme d’après son père ; mais chacun ratta-
che sa généalogie à son oncle maternel. L’héritage est recueilli par les
fils de la sœur du décédé, à l’exclusion de ses propres enfants 744. Je
n’ai vu pratiquer cette dernière chose dans aucun autre pays du
monde, si ce n’est chez les Indiens infidèles de la contrée du Malabar.
Cependant, ces Messoûfites sont musulmans ; ils font avec exactitude
les prières prescrites par la loi religieuse, étudient la jurisprudence, la
théologie, et apprennent le Coran par cœur. Les femmes des Messoû-
fites n’éprouvent nul p403 sentiment de pudeur en présence des hom-
mes et ne se voilent pas le visage ; malgré cela, elles ne manquent
point d’accomplir ponctuellement les prières. Quiconque veut les
épouser le peut sans difficulté ; mais ces femmes messoûfites ne
voyagent pas avec leur mari ; si même l’une d’elles y consentait, sa
famille l’en empêcherait. Dans ce pays, les femmes ont des amis et
des camarades pris parmi les hommes étrangers ou non parents. Les
743 D’après Qazwini (voir plus haut), c’était des femmes massufa qui dirigeaient
l’exploitation dans les salines de Taghaza. Les habitants de la ville, après avoir
vendu le sel et retenu le nécessaire pour leur besoin, donnaient le reste à cel-
les-ci.
744 La filiation matrilinéaire se retrouve dans plusieurs ethnies du continent afri-
cain noir. La liberté de la femme se perpétue chez les Touareg.