A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 147 sur 166

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A Vant Propos

Des Messoûfites qui demeurent à Îouâlâten

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

mes hôtes, je nommerai : le juge de la ville, Mohammed, fils d’Abd

Allah, fils de Yénoûmer, et son frère, le jurisconsulte et professeur

Iahia.

 

La chaleur est excessive à Îouâlâten ; il y a dans cette ville quel-

ques petits palmiers, à l’ombre desquels on sème des melons et des

pastèques. L’eau se tire de ces amas d’eaux de pluie qui se forment

sous le sable. La viande de brebis y est abondante. Les vêtements des

habitants sont jolis et importés d’Égypte. La plus grande partie de la

population appartient à la tribu des Messoûfah. Les femmes y sont très

belles ; elles ont plus de mérite et sont plus considérées que les hom-

mes 743.

 

DES MESSOÛFITES QUI DEMEURENT À ÎOUÂLÂTEN

 

La condition de ce peuple est étonnante, et ses mœurs sont bizar-

res. Quant aux hommes, ils ne sont nullement jaloux de leurs épou-

ses ; aucun d’eux ne se nomme d’après son père ; mais chacun ratta-

che sa généalogie à son oncle maternel. L’héritage est recueilli par les

fils de la sœur du décédé, à l’exclusion de ses propres enfants 744. Je

n’ai vu pratiquer cette dernière chose dans aucun autre pays du

monde, si ce n’est chez les Indiens infidèles de la contrée du Malabar.

Cependant, ces Messoûfites sont musulmans ; ils font avec exactitude

les prières prescrites par la loi religieuse, étudient la jurisprudence, la

théologie, et apprennent le Coran par cœur. Les femmes des Messoû-

fites n’éprouvent nul p403 sentiment de pudeur en présence des hom-

mes et ne se voilent pas le visage ; malgré cela, elles ne manquent

point d’accomplir ponctuellement les prières. Quiconque veut les

épouser le peut sans difficulté ; mais ces femmes messoûfites ne

voyagent pas avec leur mari ; si même l’une d’elles y consentait, sa

famille l’en empêcherait. Dans ce pays, les femmes ont des amis et

des camarades pris parmi les hommes étrangers ou non parents. Les

 

743 D’après Qazwini (voir plus haut), c’était des femmes massufa qui dirigeaient

l’exploitation dans les salines de Taghaza. Les habitants de la ville, après avoir

vendu le sel et retenu le nécessaire pour leur besoin, donnaient le reste à cel-

les-ci.

744 La filiation matrilinéaire se retrouve dans plusieurs ethnies du continent afri-

cain noir. La liberté de la femme se perpétue chez les Touareg.