A Vant Propos
Historiette
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
vidus qui se sont rendus coupables de grands crimes. Il y a dans ces
fosses des rats énormes, plus gros que les chats. Ces derniers animaux
s’enfuient devant eux et ne peuvent leur résister, car ils seraient vain-
cus. Aussi ne les prend-on qu’en ayant recours à des ruses. J’ai vu ces
rats à Doueïguir et j’en ai été émerveillé.
HISTORIETTE
Le roi Khatthâb, l’Afghân, m’a raconté qu’il fut une fois mis en
prison dans une fosse située dans cette forteresse, et que l’on appelait
la Fosse aux rats. « Ces p178 animaux, dit-il, se rassemblaient près de
moi, la nuit, afin de me dévorer. Je me défendais contre eux, non sans
éprouver de la fatigue. Je vis ensuite dans un songe quelqu’un qui me
dit : “Lis cent mille fois le premier chapitre de la 191 Piété sincère, et
Dieu te délivrera.” Je récitai ce chapitre, continue Khatthâb, et lorsque
je l’eus achevé, je fus tiré de prison. Le motif de ma sortie de captivité
fut le suivant : le roi Mell était emprisonné dans une citerne voisine de
la mienne. Or il tomba malade, les rats mangèrent ses doigts et ses
yeux, et il mourut. Cette nouvelle étant parvenue au sultan, il dit :
“Faites sortir Khatthâb, de peur qu’il ne lui arrive la même chose.” »
Ce fut dans la forteresse de Doueïguir que se réfugièrent Nâssir
eddîn, fils du même roi Mell, et le kâdhi Djélâl eddîn, lorsqu’ils furent
mis en déroute par le sultan 192.
Les habitants du territoire de Daoulet Abâd appartiennent à la tribu
des Mahrattes, dont Dieu a daigné gratifier les femmes d’une beauté
particulière, surtout en ce qui concerne le nez et les sourcils. Elles
possèdent des talents que n’ont pas les autres femmes dans l’art de
procurer du plaisir aux hommes et dans la connaissance des divers
actes qui ont rapport à l’union des sexes. Les idolâtres de Daoulet
Abâd sont voués au négoce, et leur principal commerce consiste en
perles. Leurs richesses sont considérables ; on donne à ces marchands
191 La sourate CXII du Coran. Heureusement, elle est très courte : « Dis : “Lui,
Dieu est Un ! Dieu ... L’impénétrable ! Il n’engendre pas il n’est pas engen-
dré ; nul n’est égal à lui !” »
192 Voir p. 101 et chap. 1, n. 69.