A Vant Propos
Du sultan de Fâcanaour
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
soleil sur des nattes, comme on fait pour les raisins lorsqu’on veut les
faire sécher. On ne cesse de le retourner, jusqu’à ce qu’il soit parfai-
tement sec et qu’il devienne très noir ; après quoi on le vend aux mar-
chands. Le peuple de notre pays prétend qu’on le fait griller sur le feu,
et que c’est pour ce motif qu’il y survient des rugosités ; mais il n’en
est rien, et cela n’est produit que par l’action du soleil. J’en ai vu dans
la ville de Calicut, où on le mesure au boisseau comme le millet dans
nos contrées.
La première ville du Malabar où nous entrâmes était Abousé-
roûr 230, qui est petite, située sur un grand golfe et fertile en cocotiers.
Le chef de la population musulmane est le cheïkh Djoum’ah, connu
sous le nom d’Abou Sittah, Père des Six, qui est au nombre des hom-
mes généreux, et qui a dépensé ses richesses en p198 faveur des fakîrs
et des indigents, si bien qu’elles se sont évanouies complètement.
Deux jours après notre départ de cette ville, nous arrivâmes à celle de
Fâcanaour 231, qui est grande et située sur un golfe. On y voit en abon-
dance d’excellentes cannes à sucre, qui n’ont pas leurs pareilles en ce
pays-là. Il s’y trouve un certain nombre de musulmans, dont le chef
s’appelle Houçaïn Assélâth. Il y a un kâdhi et un prédicateur, et ce
Houçaïn y a construit une mosquée, afin qu’on célébrât la prière du
vendredi.
DU SULTAN DE FÂCANAOUR
C’est un idolâtre appelé Bâçadao 232, il a environ trente vaisseaux
de guerre, dont le commandant en chef est un musulman nommé Loû-
lâ. Celui-ci est un homme pervers, qui exerce le brigandage sur mer et
dépouille les marchands. Lorsque nous eûmes jeté l’ancre à Fâca-
naour, le sultan nous envoya son fils, qui resta sur le vaisseau en qua-
lité d’otage. Nous allâmes trouver le prince, qui nous hébergea parfai-
230 La ville de Barcelore ; exportatrice de riz selon Barbosa. Les Hollandais y
bâtirent plus tard une factorerie. La ville n’existe plus aujourd’hui.
231 Baccanore, l’actuel village de Barkur.
232 La région était gouvernée à l’époque par la dynastie des Alupa alliée aux
Hoysala. Le souverain était Kulasekhara Alupendra-deva II (env. 1335-1346),
beau-frère du Hoysala Vira Ballala III. Une inscription de 1345 le montre ré-
gnant à Barakuru (Barkur).