A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 20 sur 166

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A Vant Propos

Du combat qui eut lieu entre Mokbil et le fils d’Alcaoulémy

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

DU COMBAT QUI EUT LIEU ENTRE MOKBIL ET LE FILS D’ALCAOULÉMY

 

Ce que nous allons raconter s’est passé avant le soulèvement et la

rébellion du kâdhi Djelâl eddîn. Or le personnage nommé Tâdj eddîn,

fils d’Alcaoulémy 72, était un des principaux négociants ; il était venu

du pays des Turcs pour rendre visite au sultan de l’Inde et pour lui

porter des cadeaux magnifiques. Parmi ces présents, il y avait des

mamloûcs, des chameaux, des marchandises, des armes et des étoffes.

L’empereur fut très satisfait de p102 son procédé et lui donna douze

lacs, ou douze fois cent mille dînârs d’argent ; on dit que la valeur de

tout ce qu’il avait apporté au souverain ne dépassait pas un seul lac,

ou cent mille pièces d’argent. Il lui donna à gouverner la ville de

Cambaie, qui était sous l’inspection du roi Mokbil, lieutenant du vizir.

 

Une fois arrivé à Cambaie, Tâdj eddîn envoya des bâtiments dans

le Malabar, l’île de Ceylan, etc. ; il reçut, par les navires, des dons et

des cadeaux magnifiques, de sorte que sa position devint très considé-

rable. Quand le moment fut venu d’expédier dans la capitale les tri-

buts desdites contrées, le roi Mokbil lui fit dire de les livrer à cet effet,

suivant l’usage, ainsi que les présents et les trésors qu’il avait prépa-

rés. Le fils d’Alcaoulémy refusa en disant : « Je les amènerai en per-

sonne, ou bien je les ferai porter par mes serviteurs. Ni le vizir ni son

lieutenant n’ont de pouvoir sur moi. » Il se faisait ainsi illusion à

cause des honneurs et des présents qu’il avait reçus de l’empereur.

Mokbil écrivit au vizir sur cette affaire ; il en eut pour réponse, au dos

de sa lettre, ce qui suit : « Si tu es impuissant pour nous faire obéir

dans nos contrées, quitte-les et reviens près de nous. » Ayant lu ces

lignes, Mokbil se mit à la tête de ses troupes et de ses mamloûcs, et il

combattit contre le fils d’Alcaoulémy, à l’extérieur de Cambaie. Ce

dernier fut mis en fuite, et un certain nombre d’hommes furent tués de

part et d’autre.

 

Le fils d’Alcaoulémy se cacha dans la maison du patron de navire,

Ilïâs, un des principaux négociants. Mokbil entra dans Cambaie, et fit

couper la tête aux chefs de l’armée de son adversaire. Il envoya un

sauf-conduit à celui-ci, à la condition qu’il garderait seulement son

propre bien et qu’il abandonnerait les trésors et les cadeaux dus au

 

72 Le personnage et son histoire sont inconnus par ailleurs.