A Vant Propos
Du combat qui eut lieu entre Mokbil et le fils d’Alcaoulémy
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
DU COMBAT QUI EUT LIEU ENTRE MOKBIL ET LE FILS D’ALCAOULÉMY
Ce que nous allons raconter s’est passé avant le soulèvement et la
rébellion du kâdhi Djelâl eddîn. Or le personnage nommé Tâdj eddîn,
fils d’Alcaoulémy 72, était un des principaux négociants ; il était venu
du pays des Turcs pour rendre visite au sultan de l’Inde et pour lui
porter des cadeaux magnifiques. Parmi ces présents, il y avait des
mamloûcs, des chameaux, des marchandises, des armes et des étoffes.
L’empereur fut très satisfait de p102 son procédé et lui donna douze
lacs, ou douze fois cent mille dînârs d’argent ; on dit que la valeur de
tout ce qu’il avait apporté au souverain ne dépassait pas un seul lac,
ou cent mille pièces d’argent. Il lui donna à gouverner la ville de
Cambaie, qui était sous l’inspection du roi Mokbil, lieutenant du vizir.
Une fois arrivé à Cambaie, Tâdj eddîn envoya des bâtiments dans
le Malabar, l’île de Ceylan, etc. ; il reçut, par les navires, des dons et
des cadeaux magnifiques, de sorte que sa position devint très considé-
rable. Quand le moment fut venu d’expédier dans la capitale les tri-
buts desdites contrées, le roi Mokbil lui fit dire de les livrer à cet effet,
suivant l’usage, ainsi que les présents et les trésors qu’il avait prépa-
rés. Le fils d’Alcaoulémy refusa en disant : « Je les amènerai en per-
sonne, ou bien je les ferai porter par mes serviteurs. Ni le vizir ni son
lieutenant n’ont de pouvoir sur moi. » Il se faisait ainsi illusion à
cause des honneurs et des présents qu’il avait reçus de l’empereur.
Mokbil écrivit au vizir sur cette affaire ; il en eut pour réponse, au dos
de sa lettre, ce qui suit : « Si tu es impuissant pour nous faire obéir
dans nos contrées, quitte-les et reviens près de nous. » Ayant lu ces
lignes, Mokbil se mit à la tête de ses troupes et de ses mamloûcs, et il
combattit contre le fils d’Alcaoulémy, à l’extérieur de Cambaie. Ce
dernier fut mis en fuite, et un certain nombre d’hommes furent tués de
part et d’autre.
Le fils d’Alcaoulémy se cacha dans la maison du patron de navire,
Ilïâs, un des principaux négociants. Mokbil entra dans Cambaie, et fit
couper la tête aux chefs de l’armée de son adversaire. Il envoya un
sauf-conduit à celui-ci, à la condition qu’il garderait seulement son
propre bien et qu’il abandonnerait les trésors et les cadeaux dus au
72 Le personnage et son histoire sont inconnus par ailleurs.