A Vant Propos
Anecdote
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
coup atteint soit la jambe soit le col, il pénètre dans les parties amphi-
bies, qu’ils tirent, au moyen des cordes, jusqu’au rivage, où ils le tuent
et mangent sa chair. On voit au bord du fleuve une grande quantité
d’os de ces hippopotames.
Nous descendîmes près dudit canal dans un gros bourg, qui avait
pour gouverneur un nègre, un pèlerin, homme de mérite, nommé Fer-
bâ Maghâ. C’est un de p429 ceux qui avaient fait le pèlerinage de La
Mecque en compagnie du sultan Mensa Moûça 810.
ANECDOTE
Ferbâ Maghâ m’a raconté que, lorsque Mensa Moûçâ arriva à ce
canal, il avait avec lui un juge de race blanche surnommé Aboû’l
’Abbâs, mais plus connu sous le sobriquet d’Addocâly, ou natif de
Doccâlah 811. Le sultan lui fit cadeau de quatre mille ducats pour sa
dépense, et quand ils furent arrivés à Mîmah, ce juge se plaignit au
sultan que les quatre mille ducats lui avaient été dérobés dans sa mai-
son. Le souverain fit venir le commandant de Mîmah, et le menaça de
mort s’il n’amenait pas le voleur. Alors le commandant se mit à le
chercher, mais il ne le trouva point ; car il n’y avait aucun voleur dans
le pays. Il entra dans la maison du juge, il insista près de ses domesti-
ques, et leur fit peur. Or une des esclaves d’Addocâly dit : « Mon maî-
tre n’a rien perdu ; seulement il a caché lui-même la somme d’argent
dans cet endroit. » Elle indiqua le lieu au commandant, qui en tira les
ducats, les porta au souverain, et lui fit connaître toute l’histoire.
Le sultan se fâcha contre le juge, qu’il exila dans le pays de ces nè-
gres infidèles qui mangent les hommes. Il y resta quatre années, au
bout desquelles le sultan le fit retourner dans son pays natal. Le motif
pour lequel les indigènes anthropophages ne l’ont point mangé, c’est
qu’il était blanc. En effet, ils disent que la chair des hommes blancs
est nuisible, vu qu’elle n’est pas mûrie ; celle des Noirs est seule
mûre, dans leur opinion. p430
810 Pour le titre de ferba, voir plus haut n. 25 pour Moussa et son pèlerinage, n.
89.
811 Probablement le même que l’informateur d’al-Umari, qui aurait vécu trente-
cinq ans au Mali.