A Vant Propos
Récit de la fête à laquelle j’assistai en compagnie des insulaires
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
RÉCIT DE LA FÊTE À LAQUELLE J’ASSISTAI EN COMPAGNIE DES
INSULAIRES
Lorsque le mois de ramadhân fut achevé, le vizir m’envoya des vê-
tements, et nous nous rendîmes à l’endroit consacré aux prières. Le
chemin que devait traverser le ministre, depuis sa demeure jusqu’au
lieu des prières, avait été décoré ; on y avait étendu des étoffes, et l’on
avait placé, à droite et à gauche, des monceaux de cauris. Tous ceux
d’entre les émirs et les grands qui possédaient une maison sur ce che-
min avaient fait planter près d’elle de petits cocotiers, des aréquiers et
des bananiers. Des cordes avaient été tendues d’un arbre à l’autre, et
des noix vertes y avaient été suspendues. Le maître du logis se tenait
près de la porte, et quand le vizir passait, il lui jetait sur les pieds une
pièce de soie ou de coton. Les esclaves du ministre s’en emparaient,
ainsi que des cauris placés sur sa route. Le vizir s’avançait à pied,
couvert d’une ample robe en poil de chèvre, de fabrique égyptienne, et
d’un grand turban. Il portait en guise d’écharpe une serviette de soie ;
quatre parasols ombrageaient sa tête, et ses pieds étaient couverts de
sandales. Tous les autres assistants, sans exception, avaient les pieds
nus. Les trompettes, les clairons et les p244 timbales le précédaient ; les
soldats marchaient devant et derrière lui, poussant tous le cri de : Dieu
est très grand, jusqu’à ce qu’ils fussent arrivés au lieu de la prière.
Quand elle fut terminée, le fils du vizir prêcha ; puis on amena une
litière dans laquelle le ministre monta. Les émirs et les autres vizirs le
saluèrent, en jetant des pièces d’étoffe selon la coutume. Auparavant,
le grand vizir n’était pas monté dans une litière, car les rois seuls agis-
sent ainsi. Les porteurs l’enlevèrent alors, j’enfourchai mon cheval et
nous entrâmes au palais. Le ministre s’assit dans un endroit élevé,
ayant près de lui les vizirs et les émirs. Les esclaves se tinrent debout,
avec des boucliers, des épées et des bâtons. Alors on servit des mets,
puis des noix d’arec et du bétel, après quoi on apporta une petite as-
siette contenant du sandal 365 mokassiry . Aussitôt qu’une partie des
assistants avaient mangé, ils se frottaient de sandal. Ce jour-là, je vis
au-dessus de quelqu’un de leurs mets un poisson de l’espèce des sar-
dines, salé et cru, qu’on leur avait apporté en présent de Caoulem. Ce
poisson est très abondant sur la côte du Malabar. Le vizir prit une sar-
365 Voir t. II, chap. 7, n. 50.