A Vant Propos
Du talent pour les arts, particulier aux Chinois
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
DU TALENT POUR LES ARTS, PARTICULIER AUX CHINOIS
Le peuple de la Chine est de tous les peuples celui qui a le plus
d’habileté et de goût pour les arts 503 . C’est là un fait généralement
connu, que beaucoup d’auteurs ont noté dans leurs ouvrages, et sur
lequel ils ont fort insisté. Pour ce qui regarde la peinture, aucune na-
tion, p318 soit chrétienne ou autre, ne peut rivaliser avec les Chinois :
ils ont pour cet art un talent extraordinaire. Parmi les choses étonnan-
tes que j’ai vues chez eux à ce sujet, je dirai que toutes les fois que je
suis entré dans une de leurs villes, et que depuis il m’est arrivé d’y
retourner, j’y ai toujours trouvé mon portrait et ceux de mes compa-
gnons peints sur les murs et sur des papiers placés dans les marchés.
Une fois, je fis mon entrée dans la ville du sultan (Pékin), je traversai
le marché des peintres, et arrivai au palais du souverain avec mes
compagnons ; nous étions tous habillés suivant la mode de l’Irak. Au
soir, quand je quittai le château, je passai par le même marché ; or je
vis mon portrait et les portraits de mes compagnons peints sur des pa-
piers qui étaient attachés aux murs. Chacun de nous se mit à examiner
la figure de son camarade, et nous trouvâmes que la ressemblance
était parfaite.
On m’a assuré que l’empereur avait donné l’ordre aux peintres de
faire notre portrait ; ceux-ci se rendirent au château pendant que nous
y étions ; qu’ils se mirent à nous considérer et à nous peindre, sans
que nous nous en fussions aperçus. C’est, au reste, une habitude éta-
blie chez les Chinois de faire le portrait de quiconque passe dans leur
pays. La chose va si loin chez eux à ce propos que, s’il arrive qu’un
étranger commette quelque action qui le force à fuir de la Chine, ils
expédient son portrait dans les différentes provinces, en sorte qu’on
fait des recherches, et en quelque lieu que l’on trouve celui qui res-
semble à cette image, on le saisit.
Ibn Djozay ajoute : « Ceci est conforme aux récits des historiens
touchant l’aventure de Sâboûr Dhoû’l Actâf, ou Sapor aux épaules, roi
des Persans, lorsqu’il entra déguisé dans le pays des Romains, et qu’il
assista à un festin que donnait leur roi. Le portrait de Sapor se trouvait
503 « Les Chinois comptent parmi les créatures de Dieu auxquelles il a été donné,
au plus haut degré, l’habileté dans les arts et les manufactures » (Relation d’un
marchand arabe du e X siècle).