A Vant Propos
Du sultan de Tacaddâ
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
Quatre cents de celles-ci valent un ducat d’or ; six cents ou sept cents
de celles-là valent aussi un ducat d’or. Ces barres servent de moyen
d’échange, en place de monnaie : avec les minces, on achète la viande
et le bois à brûler ; avec celles qui sont épaisses, on se procure les es-
claves mâles et femelles, le millet, le beurre et le froment.
On exporte le cuivre de Tacaddâ à la ville de Coûber 832, située
dans la contrée des nègres infidèles ; on l’exporte aussi à Zaghâï 833 et
au pays de Bernoû 834. Ce dernier se trouve à quarante jours de dis-
tance de Tacaddâ, et ses habitants sont musulmans ; ils ont un roi
nommé Idrîs 835, qui ne se montre jamais au peuple, et qui ne parle pas
aux gens, si ce n’est derrière un rideau. C’est de Bernoû que l’on
amène, dans les différentes contrées, les belles esclaves 836, les eunu-
ques et les étoffes teintes avec le safran. Enfin, de Tacaddâ l’on ex-
porte également le cuivre à Djeoudjéouah 837, dans le pays des Moûr-
tébôun 838, etc.
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DU SULTAN DE TACADDÂ
Lors de mon séjour à Tacaddâ, les personnages que je vais nommer
se rendirent chez le sultan, un Berber appelé Izâr 839, et qui se trouvait
832 Gober, dans la région de Maradi, dans l’actuelle République du Niger.
833 Probablement un des sites proposés plus haut, n. 42.
834 Bornou, à l’est du lac Tchad ; il faisait à l’époque partie du royaume noir de
Kanem.
835 Idris bin Ibrahim (1343-1366). « Le roi du Kanem ne se montre à personne
excepté à l’occasion des grandes fêtes. [...] durant le reste de l’année il ne
parle à personne, fût-ce un émir, que derrière un rideau » (AL-UMARI).
836 D’autres témoins ont été plus prolixes sur les esclaves de Bornou : « Ils ont de
jeunes esclaves qui sont belles à ravir et d’une grâce à soulever toutes les émo-
tions du cœur ; leurs charmes troublent et bouleversent l’âme ; tournent la tête
aux plus dévots ascètes et les plongent dans des désirs voluptueux » (Mu-
hammad BIN UMAR AL-TUNISI : Voyage au Ouaday).
837 Peut-être Gaoga, à l’est de Kanem et au nord de Darfour, dans la République
soudanaise actuelle. Ibn Saïd (1286) mentionne toutefois Djadja comme capi-
tale des Kanem.
838 Non identifié.
839 « Le pays des Soudan compte aussi trois rois indépendants musulmans blancs
appartenant à la race berbère : le sultan d’Aïr, le sultan de Damushush et le
sultan de Tadmakta » (AL-UMARI). L’Aïr proprement dit se trouvant à l’est de
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
à ce moment-là à une journée de distance de la ville. C’étaient : le
juge Aboû Ibrâhîm ; le prédicateur Mohammed ; le professeur Aboû
Hafs ; le cheïkh Sa’îd, fils d’Aly. Un différend s’était élevé entre Izar,
le sultan de Tacaddâ, et entre le Tacarcary 840, qui est aussi un des sul-
tans des Berbers. Ces quatre personnages allaient auprès d’Izâr pour
arranger l’affaire, et mettre la paix entre les deux souverains. Je dési-
rai connaître le sultan de Tacaddâ ; en conséquence, je louai un guide,
et me dirigeai vers ce monarque. Les personnages déjà nommés
l’informèrent de mon arrivée, et il vint me voir, monté sur un cheval,
mais sans selle : tel est l’usage de ce peuple. En place de selle, le sul-
tan avait un superbe tapis rouge. Il portait un manteau, des caleçons et
un turban, le tout de couleur bleue. Les fils de sa sœur l’accompa-
gnaient, et ce sont eux qui hériteront de son royaume. Nous nous le-
vâmes à son approche, et lui touchâmes la main ; il s’informa de mon
état, de mon arrivée, et on l’instruisit sur tout cela.
Le sultan me fit loger dans une des tentes des Yénâthiboûn 841, qui
sont comme les domestiques dans notre pays. Il m’envoya un mouton
entier rôti à la broche, et une coupe de lait de vache. La tente de sa
mère p440 et de sa sœur était dans notre voisinage ; ces deux princesses
vinrent nous voir et nous saluer. Sa mère nous avait fait apporter du
lait frais après la prière de la nuit close : c’est le moment où l’on a ici
l’habitude de traire les bestiaux. Les indigènes boivent le lait à cette
heure, ainsi que de bon matin. Quant au blé ou au pain, ils ne le man-
gent ni ne le connaissent. Je restai dans cet endroit six jours, pendant
lesquels le sultan me régalait de deux béliers rôtis, le matin et le soir.
Il me fit présent d’un chameau femelle et de dix ducats d’or. Je pris
congé de ce souverain et retournai à Tacaddâ.
Teguidda et Tadmakta au nord-ouest de cette dernière ville (à l’est de la Ré-
publique du Mali), le sultan de Tacadda d’Ibn Battûta pourrait correspondre à
celui de Damushash d’al-Umari. En cette même année 1353, Ibn Khaldoun
rencontre à Biskra un émissaire de ce sultan qui vante la prospérité de Takad-
da.
840 Il faudrait lire al-Karkari de Karkar, région désertique située au nord-ouest
d’Air.
841 Non identifiés.