A Vant Propos
Anecdote
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
boire l’eau qu’il contenait. Il y a aussi dans ce désert une grande quan-
tité de serpents.
ANECDOTE
Nous avions dans notre caravane un marchand de Tilimsân, appelé
Zeyyân le Pèlerin, qui avait l’habitude p400 de saisir les serpents et de
jouer avec ces reptiles ; je lui avais dit de ne pas le faire, et il continua.
Un certain jour, il mit sa main dans le trou d’un lézard, pour le faire
sortir ; mais, en place, il trouva un serpent qu’il prit dans sa main. Il
voulut alors monter à cheval, et le serpent lui mordit le doigt indica-
teur de la main droite, ce qui lui causa une douleur considérable. On
lui cautérisa la plaie avec un fer rouge, et le soir sa douleur
s’augmenta ; elle devint atroce. Notre patient égorgea un chameau ; il
introduisit sa main droite dans l’estomac de l’animal, et l’y laissa
toute la nuit. Les parties molles du doigt malade tombèrent par frag-
ments, et il coupa par sa base le doigt tout entier. Les Messoûfites
nous dirent que ce reptile avait certainement bu de l’eau un peu avant
de piquer le marchand ; car, sans cela, sa blessure aurait été mortelle.
Quand les personnes qui venaient à notre rencontre avec de l’eau
nous eurent rejoints, nous donnâmes à boire à nos chevaux, puis nous
entrâmes dans un désert énormément chaud, et bien différent de celui
auquel nous avions été habitués jusqu’alors 736. Nous nous mettions en
marche après la prière de l’après-midi ; nous voyagions pendant toute
la nuit, et faisions halte au matin. Des hommes de la tribu des Mes-
soûfah, de celle des Berdâmah 737, etc., venaient vendre des charges
d’eau. Nous arrivâmes ainsi à la ville d’Îouâlâten 738 juste au com-
mencement du mois de rabî’ premier, ayant voyagé deux mois pleins,
depuis Segelmessa. Îouâlâten est le premier endroit du pays des nè-
736 Probablement le Aklé Aouâna, sur la frontière actuelle entre le Mali et la Mau-
ritanie.
737 Voir plus loin n. 113.
738 Oualata, dans le sud-est de la Mauritanie actuelle, à l’époque limite nord de
l’empire du Mali.
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
gres ; et le lieutenant du sultan, dans cette ville, était Ferbâ Hoçain : ce
mot 739 ferbâ signifie vice-roi, lieutenant .
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A notre arrivée à Îouâlâten, les négociants déposèrent leurs mar-
chandises sur une vaste place, et chargèrent les nègres de les garder.
Ils se rendirent chez le ferbâ, qui était assis sur un tapis et abrité par
une espèce de toit. Ses gardes étaient devant lui, ayant à la main des
lances et des arcs ; les grands des Messoûfites se tenaient derrière le
ferbâ. Les négociants se placèrent debout en face de celui-ci, qui leur
parla par l’intermédiaire d’un interprète, bien qu’ils fussent tout près
de lui, et uniquement par suite de son mépris pour eux 740. Ce fut alors
que je regrettai de m’être rendu dans le pays des nègres, à cause de
leur mauvaise éducation et du peu d’égards qu’ils ont pour les hom-
mes blancs. Je m’en allai chez Ibn Beddâ, personnage distingué de la
ville de Salé, auquel j’avais écrit de me louer une maison, ce qu’il fit.
Plus tard, le 741 742 mochrif d’Îouâlâten, le nommé Menchâ Djoû ,
invita tous ceux qui étaient arrivés dans la caravane à un repas
d’hospitalité qu’il leur offrait. Je refusai d’abord de paraître à ce fes-
tin ; mais mes camarades m’en prièrent, et ils insistèrent tellement que
je m’y rendis avec les autres convives. On servit le repas, qui consis-
tait en millet concassé, mélangé avec un peu de miel et de lait aigre.
Tout ceci était mis dans une moitié de courge ou calebasse, à laquelle
on avait donné la forme d’une grande écuelle, ou d’une sébile ; les
assistants burent donc, et se retirèrent. Je leur dis : « Est-ce pour cela
que le Noir nous a invités ? » Ils répondirent : « Oui ; et ce qu’il nous
a donné est considéré par les nègres comme le repas d’hospitalité le
plus beau. » Je reconnus ainsi avec certitude qu’il n’y avait rien de
bon à espérer de ce peuple, et je désirai un moment de m’en retourner
presque tout de suite avec les pèlerins qui partent d’Îouâlâten ; puis je
me décidai à aller voir la résidence du roi des nègres. p402
Mon séjour à Îouâlâten a été d’environ sept semaines, pendant les-
quelles les habitants m’honorèrent et me donnèrent des festins. Parmi
739 Le mot, d’origine mandingue, signifie grand chef. Il désignait un fonction-
naire, esclave ou chef d’esclaves, représentant local du souverain.
740 26. Le protocole en pays noir exigeait le recours à des intermédiaires.
741 27. Inspecteur.
742 28. Esclave du souverain.