A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 118 sur 166

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A Vant Propos

Quelques détails sur les Chinois

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

nois, sont aussi plus forts que ceux de l’oie parmi nous. Or l’oie chez

eux est très-petite. Nous achetâmes un jour une poule que nous vou-

lions faire cuire ; mais elle ne tint pas dans une seule marmite, et nous

fûmes obligés d’en employer deux. En Chine, le coq est aussi grand

que l’autruche ; quelquefois ses plumes tombent, et il reste pour lors

comme une vraie masse rougeâtre. La première fois de ma vie que j’ai

vu un coq chinois, ce fut dans la ville de Caoulem 491. Je l’avais pris

pour une autruche, et j’en fus étonné ; mais son maître me dit : « Cer-

tes en Chine, il y a des coqs encore plus gros que celui-ci. » Quand j’y

fus arrivé, j’eus la preuve de ce qu’il m’avait avancé à ce sujet,

 

QUELQUES DÉTAILS SUR LES CHINOIS

 

Les Chinois sont des infidèles, des adorateurs d’idoles, et ils brû-

lent leurs morts à la manière des Indiens 492. Leur roi est un Tartare de

la postérité de Tenkîz khân, ou Gengis kan 493. Dans chacune de leurs

villes, il y a un quartier affecté aux musulmans, où ils habitent seuls,

où ils ont leurs mosquées pour y faire les prières, tenir les réunions du

vendredi, et autres ; ils sont honorés et respectés. Les païens de la

Chine mangent les viandes des porcs et des chiens, qu’ils vendent pu-

bliquement sur p315 leurs marchés. Ce sont, en général, des gens aisés,

opulents ; mais ils ne soignent pas assez leur nourriture ni leur habil-

lement. On peut voir tel de leurs grands négociants, si riche que l’on

ne saurait compter ses trésors, marcher vêtu d’une grossière tunique

de coton. Les Chinois mettent toute leur sollicitude à posséder des va-

ses d’or et d’argent. Ils portent tous un bâton ferré, sur lequel ils

s’appuient en marchant, et qu’ils appellent la troisième jambe 494.

 

491 Quilon (voir chap. 2, n. 131).

492 Marco Polo mentionne l’incinération des morts principalement dans la région

de Hangzhou, dernier réduit de la dynastie Song.

493 La Chine était à l’époque sous la dynastie mongole sinisée des Yuan, descen-

dant de Kubilai, petit-fils de Gengis Khan.

494 Tout au long de son récit chinois, Ibn Battûta se comporte comme le touriste

parfait en alignant les lieux communs. Toutes ses informations ne sont pas

complètement fausses, mais il a tendance à extrapoler à partir d’une seule ré-

gion et d’après le milieu des commerçants qu’il a dû seul connaître. Se trou-

vant dans le pays le moins connu de sa relation, il n’hésite pas à généraliser, ce

qu’il évite de faire ailleurs.