A Vant Propos
Du soulèvement du fils du roi Mell
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
Les gens turbulents et les criminels, informés de ces événements,
accoururent se joindre aux Afghâns. Le juge Djélâl eddîn se déclara
sultan, et reçut le serment de ses compagnons ; l’empereur de Dihly
envoya des troupes contre lui, mais il les battit. Il y avait à Daoulet
Abâd une multitude d’Afghâns, qui se révoltèrent à leur tour.
DU SOULÈVEMENT DU FILS DU ROI MELL
Le fils du roi Mell habitait Daoulet Abâd avec une troupe
d’Afghans, et le souverain écrivit à son lieutenant dans cette ville, qui
était Nizhâm eddîn 63, frère de son précepteur Kothloû khân, de les
saisir tous, sans exception. Il lui envoya de nombreuses charges de
liens et de chaînes, et lui expédia en même temps les habillements
d’hiver. L’usage du souverain de l’Inde est de donner à chaque com-
mandant d’une ville et aux chefs de son armée deux vêtements par
an : un pour l’hiver et un pour l’été. Quand ces robes d’honneur arri-
vent, l’émir et les troupes sortent pour les recevoir ; dès qu’ils aper-
çoivent celui qui les apporte, ils descendent de leurs montures ; cha-
cun d’eux reçoit son vêtement, le place sur son épaule et s’incline du
côté où se trouve le sultan. Celui-ci écrivit à Nizhâm eddîn ces paro-
les : « Lorsque les Afghans sortiront et mettront pied à terre pour re-
cevoir les robes qui leur sont destinées, arrête-les dans ce même mo-
ment. »
Un des cavaliers qui arrivaient avec les robes d’honneur p099 se
rendit chez les Afghans et les instruisit du dessein qu’on avait formé à
leur égard. Par conséquent, Nizhâm eddîn fut au nombre de ceux qui
usent d’un stratagème, lequel tourna contre eux. Il monta à cheval, en
compagnie des Afghâns, et quand ils rencontrèrent les habillements, il
mit pied à terre. Ce fut alors que les Afghâns chargèrent sur lui et sur
ses compagnons, qu’ils tuèrent beaucoup de ceux-ci, et qu’ils
l’arrêtèrent. Ils envahirent la ville, saisirent les trésors et mirent à leur
63 Qutlugh Khan, le gouverneur de Dawlatabad, fut remplacé en décembre 1344
par son frère Nizam al-din, incapable d’administrer une province aussi grande
et turbulente. A cela vinrent s’ajouter les agissements d’Aziz Khammar et le
Deccan se révolta à son tour. Les centeniers devaient être en majorité afg-
hans ; c’est pour cela qu’Ibn Battûta parle de révoltes des Afghans.