A Vant Propos
De l’ordre que le sultan me donna de partir pour la Chine en qualité de son ambassadeur
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
nière la plus affectueuse et la plus affable. Il m’invita à reprendre mes
fonctions ; mais je refusai, et le priai de me permettre de voyager vers
la province de Hidjâz ; il m’accorda cette permission. Je quittai le sul-
tan et me logeai dans un ermitage qui prend son nom du roi Bachîr ;
c’était dans les derniers jours du mois de djoumâda second, de l’année
quarante-deux 135. J’y passai, tout adonné aux pratiques de dévotion,
le mois de radjab et les dix premiers jours de cha’bân. Je parvins à
jeûner cinq jours de suite, après lesquels je ne mangeai qu’un peu de
riz, sans assaisonnement. Tous les jours je lisais le Coran, et dormais
le temps que Dieu voulait. Quand je prenais des aliments, ils me fai-
saient mal, et quand je m’en abstenais, je trouvais le repos. Quarante
jours se passèrent de la sorte, et puis le sultan m’envoya chercher une
seconde fois.
DE L’ORDRE QUE LE SULTAN ME DONNA DE PARTIR POUR LA CHINE
EN QUALITÉ DE SON AMBASSADEUR
Après que j’eus passé quarante jours dans l’ermitage, le sultan
m’envoya des chevaux sellés, des esclaves des deux sexes, des habits
et de l’argent pour la dépense ; je p147 revêtis ces habits et allai trouver
le souverain. J’avais une tunique courte de coton bleu, doublée, que je
portai constamment tout le temps de mes exercices de dévotion. Lors-
que je l’ôtai pour endosser les habillements envoyés par le sultan,
j’éprouvai une sorte de répugnance pour mon action, et toutes les fois
que je jetais les yeux sur cette tunique je voyais comme une lumière
dans mon cœur. Je conservai près de moi cet habit, jusqu’au moment
où il me fut volé en mer par les infidèles.
Étant arrivé chez le sultan, il m’honora plus encore qu’il n’avait
l’habitude de le faire, et il me dit : « Je t’ai envoyé chercher afin que
tu partes comme mon ambassadeur près du roi de la Chine ; car je
connais ton amour pour les courses et les voyages. » Il me fournit tout
ce dont j’avais besoin, et il désigna, pour partir avec moi, les person-
nes qui seront nommées plus tard.
135 Décembre 1341. Pour les problèmes posés par cette date par rapport aux évé-
nements qui précèdent et par rapport à ceux qui suivent, voir la préface où il
est proposé de la reculer d’un an et de lire décembre 1340.
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
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