A Vant Propos
De la plaisante manière dont les poètes récitent leurs vers au sultan
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
taine. Elles portent de jolies robes, elles sont coiffées de bandeaux
d’or et d’argent, garnis de pommes de ces deux métaux.
On prépare pour Doûghâ un fauteuil élevé, sur lequel il s’assied ; il
touche un instrument de musique fait avec des roseaux et pourvu de
grelots à sa partie inférieure 796. Il chante une poésie à l’éloge du sou-
verain, où il est question de ses entreprises guerrières, de ses exploits,
de ses hauts faits. Ses épouses et ses femmes esclaves chantent avec
lui et jouent avec des arcs. Elles sont accompagnées par à peu près
trente garçons, esclaves de Doûghâ, qui sont revêtus de tuniques de
drap rouge et coiffés de calottes blanches ; chacun d’eux porte au cou
et bat son tambour. Ensuite viennent les enfants, ou jeunes gens, les
disciples de Doûghâ ; ils jouent, sautent en l’air, et font la roue à la
façon des natifs du Sind. Ils ont pour ces exercices une taille élégante
et une agilité admirable ; avec des sabres, ils escriment aussi d’une
manière fort jolie.
Doûghâ, à son tour, joue avec le sabre d’une façon p420 étonnante,
et c’est à ce moment-là que le souverain ordonne de lui faire un beau
présent. On apporte une bourse renfermant deux cents mithkâls 797, ou
deux cents fois une drachme et demie, de poudre d’or, et l’on dit à
Doûghâ ce qu’elle contient, en présence de tout le monde. Alors les
commandants se lèvent, et ils bandent leurs arcs, comme un signe de
remerciement pour le monarque. Le lendemain, chacun d’eux, suivant
ses moyens, fait à Doûghâ un cadeau. Tous les vendredis, une fois la
prière de l’après-midi célébrée, Doûghâ répète exactement les céré-
monies que nous venons de raconter.
DE LA PLAISANTE MANIÈRE DONT LES POÈTES RÉCITENT
LEURS VERS AU SULTAN
Le jour de la fête, après que Doûghâ a fini ses jeux, les poètes arri-
vent, et ils sont nommés 798 djoulâ , mot dont le singulier est djâli . Ils
font leur entrée, chacun d’eux étant dans le creux d’une figure formée
796 Toujours le xylophone. L’interprète joue ici le rôle du griot.
797 C’est-à-dire environ 900 g de poudre d’or.
798 Dyali : griot.