A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 155 sur 166

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A Vant Propos

De la plaisante manière dont les poètes récitent leurs vers au sultan

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

taine. Elles portent de jolies robes, elles sont coiffées de bandeaux

d’or et d’argent, garnis de pommes de ces deux métaux.

 

On prépare pour Doûghâ un fauteuil élevé, sur lequel il s’assied ; il

touche un instrument de musique fait avec des roseaux et pourvu de

grelots à sa partie inférieure 796. Il chante une poésie à l’éloge du sou-

verain, où il est question de ses entreprises guerrières, de ses exploits,

de ses hauts faits. Ses épouses et ses femmes esclaves chantent avec

lui et jouent avec des arcs. Elles sont accompagnées par à peu près

trente garçons, esclaves de Doûghâ, qui sont revêtus de tuniques de

drap rouge et coiffés de calottes blanches ; chacun d’eux porte au cou

et bat son tambour. Ensuite viennent les enfants, ou jeunes gens, les

disciples de Doûghâ ; ils jouent, sautent en l’air, et font la roue à la

façon des natifs du Sind. Ils ont pour ces exercices une taille élégante

et une agilité admirable ; avec des sabres, ils escriment aussi d’une

manière fort jolie.

 

Doûghâ, à son tour, joue avec le sabre d’une façon p420 étonnante,

et c’est à ce moment-là que le souverain ordonne de lui faire un beau

présent. On apporte une bourse renfermant deux cents mithkâls 797, ou

deux cents fois une drachme et demie, de poudre d’or, et l’on dit à

Doûghâ ce qu’elle contient, en présence de tout le monde. Alors les

commandants se lèvent, et ils bandent leurs arcs, comme un signe de

remerciement pour le monarque. Le lendemain, chacun d’eux, suivant

ses moyens, fait à Doûghâ un cadeau. Tous les vendredis, une fois la

prière de l’après-midi célébrée, Doûghâ répète exactement les céré-

monies que nous venons de raconter.

 

DE LA PLAISANTE MANIÈRE DONT LES POÈTES RÉCITENT

LEURS VERS AU SULTAN

 

Le jour de la fête, après que Doûghâ a fini ses jeux, les poètes arri-

vent, et ils sont nommés 798 djoulâ , mot dont le singulier est djâli . Ils

font leur entrée, chacun d’eux étant dans le creux d’une figure formée

 

796 Toujours le xylophone. L’interprète joue ici le rôle du griot.

797 C’est-à-dire environ 900 g de poudre d’or.

798 Dyali : griot.