A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 93 sur 166

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A Vant Propos

De la montagne de Sérendîb

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

la Submersion des Contemplatifs. Dans le même endroit se voient la

caverne de l’orange et celle du sultan. Près de celle-ci est la porte de

la montagne.

 

D 396 E LA MONTAGNE DE S

ÉRENDÎB

 

C’est une des plus hautes montagnes du monde ; nous l’aperçûmes

de la pleine mer, quoique nous en fussions séparés par une distance de

neuf journées de marche. Pendant que nous en faisions l’ascension,

nous voyions les nuages au-dessus de nous, qui nous dérobaient la vue

de sa partie inférieure. Il y a sur cette montagne beaucoup d’arbres de

l’espèce de ceux qui ne perdent pas leurs feuilles, des fleurs de diver-

ses couleurs, et une rose rouge aussi grande que la paume de la main.

On prétend que sur cette rose il y a une inscription dans laquelle on

peut lire le nom du Dieu très haut et celui de son prophète. Sur le

mont il y a deux chemins qui conduisent au Pied d’Adam. L’un est

connu sous le nom de chemin du Père, et l’autre sous le nom de che-

min de la Mère. On désigne ainsi Adam et Eve. Quant à la route de la

Mère, c’est une route facile, par laquelle s’en retournent les pèlerins ;

mais celui qui la prendrait pour l’aller p263 serait regardé comme

n’ayant pas fait le pèlerinage. Le chemin du Père est âpre et difficile à

gravir. Au pied de la montagne, à l’endroit où se trouve sa porte, est

une grotte qui porte aussi le nom d’Iskender, et une source d’eau.

 

Les anciens ont taillé dans le roc des espèces de degrés, à l’aide

desquels on monte ; ils y ont fiché des pieux de fer, auxquels on a

suspendu des chaînes, afin que celui qui entreprend l’ascension puisse

s’y attacher 397 . Ces chaînes sont au nombre de dix, savoir : deux au

bas de la montagne, à l’endroit où se trouve la porte, sept contiguës

les unes aux autres, après les deux premières ; quant à la dixième,

 

396 Le pic d’Adam, qui culmine à 2 243 m, n’est pas la plus haute montagne de

Ceylan, mais son caractère sacré est manifeste, aussi bien chez les bouddhis-

tes, qui y voient la trace du pied de Bouddha, que chez les musulmans d’après

lesquels Adam, précipité du Paradis, atterrit sur Ceylan (tandis que Ève des-

cendait à Djedda en Arabie) en posant un pied sur la montagne et l’autre dans

la mer.

397 « [...] car à cette montagne pendent maintes grandes et grosses chaînes de fer,

disposées de telle manière que les hommes peuvent monter par ces chaînes sur

la montagne » (Marco POLO). Les chaînes existent d’ailleurs toujours.