A Vant Propos
De la montagne de Sérendîb
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
la Submersion des Contemplatifs. Dans le même endroit se voient la
caverne de l’orange et celle du sultan. Près de celle-ci est la porte de
la montagne.
D 396 E LA MONTAGNE DE S
ÉRENDÎB
C’est une des plus hautes montagnes du monde ; nous l’aperçûmes
de la pleine mer, quoique nous en fussions séparés par une distance de
neuf journées de marche. Pendant que nous en faisions l’ascension,
nous voyions les nuages au-dessus de nous, qui nous dérobaient la vue
de sa partie inférieure. Il y a sur cette montagne beaucoup d’arbres de
l’espèce de ceux qui ne perdent pas leurs feuilles, des fleurs de diver-
ses couleurs, et une rose rouge aussi grande que la paume de la main.
On prétend que sur cette rose il y a une inscription dans laquelle on
peut lire le nom du Dieu très haut et celui de son prophète. Sur le
mont il y a deux chemins qui conduisent au Pied d’Adam. L’un est
connu sous le nom de chemin du Père, et l’autre sous le nom de che-
min de la Mère. On désigne ainsi Adam et Eve. Quant à la route de la
Mère, c’est une route facile, par laquelle s’en retournent les pèlerins ;
mais celui qui la prendrait pour l’aller p263 serait regardé comme
n’ayant pas fait le pèlerinage. Le chemin du Père est âpre et difficile à
gravir. Au pied de la montagne, à l’endroit où se trouve sa porte, est
une grotte qui porte aussi le nom d’Iskender, et une source d’eau.
Les anciens ont taillé dans le roc des espèces de degrés, à l’aide
desquels on monte ; ils y ont fiché des pieux de fer, auxquels on a
suspendu des chaînes, afin que celui qui entreprend l’ascension puisse
s’y attacher 397 . Ces chaînes sont au nombre de dix, savoir : deux au
bas de la montagne, à l’endroit où se trouve la porte, sept contiguës
les unes aux autres, après les deux premières ; quant à la dixième,
396 Le pic d’Adam, qui culmine à 2 243 m, n’est pas la plus haute montagne de
Ceylan, mais son caractère sacré est manifeste, aussi bien chez les bouddhis-
tes, qui y voient la trace du pied de Bouddha, que chez les musulmans d’après
lesquels Adam, précipité du Paradis, atterrit sur Ceylan (tandis que Ève des-
cendait à Djedda en Arabie) en posant un pied sur la montagne et l’autre dans
la mer.
397 « [...] car à cette montagne pendent maintes grandes et grosses chaînes de fer,
disposées de telle manière que les hommes peuvent monter par ces chaînes sur
la montagne » (Marco POLO). Les chaînes existent d’ailleurs toujours.