A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 7 sur 166

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A Vant Propos

Du soulèvement de Cachloû khân et de sa mort

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

Après la mort du râï de Canbîlah, les troupes du sultan se dirigèrent

vers le pays de l’infidèle chez qui Béhâ eddîn s’était réfugié, et elles

l’entourèrent 13. Ce prince dit : « Je ne puis pas faire comme râï Can-

bîlah. » Il saisit Béhâ eddîn et le livra à l’armée du souverain de

l’Inde. On lui mit des liens aux jambes, on lui attacha les bras au cou,

et on le conduisit devant le sultan. Ce dernier ordonna de l’introduire

chez les femmes, ses parentes ; celles-ci l’injurièrent et lui crachèrent

à la figure. Puis il commanda de l’écorcher tout vivant ; or on le dé-

pouilla de sa peau, on fit cuire sa chair avec du riz, et on l’envoya à

ses enfants et à sa femme. On mit les restes dans un grand plat, et on

les jeta aux éléphants pour qu’ils les mangeassent ; mais ils n’en firent

rien. Le sultan ordonna de remplir la peau avec de la paille, de

l’associer avec la dépouille de Béhâdoûr Boûrah 14, et de les pro-

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mener toutes les deux dans les provinces.

 

Quand elles furent arrivées dans le Sind, dont le commandant en

chef était alors Cachloû khân 15, celui-ci donna ordre de les enterrer.

Le sultan le sut, il en fut fâché, et se décida à le faire périr. L’émir Ca-

chloû khân fut l’ami du sultan Toghlok, et celui qui l’aida à se saisir

du pouvoir. Le sultan Mohammed le vénérait et lui adressait la parole

en l’appelant : « Mon oncle » ; il sortait toujours à sa rencontre, lors-

que cet émir arrivait de son pays pour lui rendre visite.

 

DU SOULÈVEMENT DE CACHLOÛ KHÂN ET DE SA MORT

 

Dès que le sultan fut instruit de la conduite de Cachloû khân au su-

jet de l’inhumation des deux peaux, il l’envoya chercher. Cachloû

khân comprit tout de suite que le souverain voulait le châtier ; par

conséquent il ne se rendit pas à son invitation, il se révolta, distribua

 

13 Il s’agit sans doute du royaume Hoysala, le dernier des quatre grands royau-

mes hindous du Sud qui ait conservé une indépendance relative. Sa capitale,

Dvarasamudra, se trouvait dans le district actuel de Hassan, au sud de la pro-

vince de Karnataka, et le roi ici mentionné est Vira Ballala III (1292-1342).

14 Ici il s’agit d’une image : Ghiyath al-din Bahadir a subi le même sort trois ans

après (voir n. 5 ci-dessus).

15 Pour ce personnage, voir aussi t. II, chap. 6, n. 76. Cette révolte, qui date de

1328, est aussi attribuée à la mauvaise volonté que Kishlu Khan montra pour

envoyer sa famille à Deogir (Dawlatabad), la nouvelle capitale.

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

de l’argent, réunit des troupes, expédia des émissaires chez les Turcs,

les Afghans et les Khorâçâniens, qui accoururent en très grande quan-

tité près de lui. Son armée se trouva ainsi égale à celle du sultan, ou

même elle était supérieure en nombre. Le souverain de l’Inde sortit en

personne pour le combattre, et ils se rencontrèrent à deux journées de

Moltân, dans la plaine déserte d’Aboûher 16. Le sultan agit avec beau-

coup de prudence lors de la bataille, et il fit mettre à sa place, sous le

parasol, le cheïkh ’Imâd eddîn, frère utérin du cheïkh Rocn eddîn al-

moltâny 17, car il ressemblait au sultan. Je tiens ces détails de Rocn

eddîn lui-même. Au plus fort de la mêlée, le sultan s’isola à la tête de

quatre mille hommes, tandis que les troupes de son adversaire ne p073

cherchaient qu’à s’emparer du parasol, pensant bien que le souverain

était placé sous ce dernier. En effet, elles tuèrent ’Imâd eddîn, et l’on

crut dans l’armée que c’était le sultan qui avait péri. Les soldats de

Cachloû khân ne pensèrent plus qu’à piller, et s’éloignèrent ainsi de

leur chef, qui resta avec très peu de monde. Alors le sultan l’attaqua,

le tua, coupa sa tête, et quand les troupes de Cachloû khân surent cela

elles prirent la fuite.

 

Le monarque entra dans la ville de Moltân ; il fit saisir son kâdhi

Carîm eddîn et prescrivit de l’écorcher vif ; il se fit apporter la tête de

Cachloû khân et ordonna de la suspendre à sa porte. Lorsque j’arrivai

à Moltân, je la vis ainsi attachée. Le sultan donna au cheïkh Rocn ed-

dîn, frère d’Imâd eddîn, ainsi qu’au fils de celui-ci, Sadr eddîn, cent

villages, à titre de bienfait et afin qu’ils en tirassent leur nourriture. Il

les obligea à donner à manger aux voyageurs, dans leur ermitage, qui

portait le nom de leur aïeul, c’est-à-dire dans la zâouïah de Béhâ eddîn

Zacariyyâ 18. Le souverain ordonna à son vizir, Khodjah Djihân, de se

rendre à la ville de Camâlpoûr 19, dont les habitants s’étaient soulevés.

C’est une grande cité, située au bord de la mer. Un jurisconsulte, qui

dit avoir été présent à l’entrée du vizir dans cette ville, m’a raconté ce

qui suit : Khodjah Djihân fit venir devant lui le kâdhi de la ville et son

prédicateur ; il commanda de les écorcher tout vivants. Ils lui dirent :

 

16 Pour la ville d’Abuhar, voir t. II, chap. 5, n. 42.

17 Pour le cheikh Rukn al-din, voir t. II, chap. 5, n. 12.

18 Voir t. II, chap. 5, n. 12.

19 Une ville de ce nom se trouve près de l’actuelle Karachi, mais l’identification

est loin d’être sûre, et le fait est également inconnu par ailleurs.