A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 46 sur 166

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A Vant Propos

Histoire de Katam

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

HISTOIRE DE KATAM

 

Ce souverain idolâtre avait précédemment assiégé la ville de Râbé-

ry 173 , place située sur la rivière Djomna, et dont dépendent beaucoup

de villages et de terres en culture. Elle avait pour commandant Khat-

thâb, l’Afghân, qui était au nombre des braves. Katam demanda [en-

suite] du secours à un autre sultan infidèle, que l’on nommait Radjoû,

et dont la ville capitale s’appelait Sulthânboûr 174. Tous deux mirent le

siège devant Râbéry, et Khatthâb demanda assistance au sultan de

l’Inde, qui tarda à le secourir, car la place assiégée se trouvait à qua-

rante journées de Dihly. En conséquence, le commandant craignit que

les infidèles ne le vainquissent. Il rassembla environ trois cents hom-

mes de la tribu des Afghans, autant d’esclaves armés, et environ qua-

tre cents individus choisis dans le reste de la population. Tous placè-

rent leurs turbans déroulés au cou de leurs chevaux, car telle est la

coutume des Indiens, lorsqu’ils veulent mourir et qu’ils font à Dieu le

sacrifice de leur vie. Khatthâb et ses contribules s’avancèrent, suivis

du reste de la troupe. Dès l’aurore, ils ouvrirent les portes de la ville et

se précipitèrent comme un seul homme sur les infidèles, qui étaient au

nombre d’environ quinze mille. Par la permission de Dieu, ils mirent

en déroute et tuèrent leurs deux rois, Katam et Radjôu, dont ils en-

voyèrent les têtes au sultan de l’Inde. Il n’échappa, parmi les idolâtres,

qu’un petit nombre de fugitifs.

 

HISTOIRE DE L’ÉMIR D’ALÂBOÛR ET DE SON MARTYRE

 

L’émir d’Alâboûr était Bedr, l’Abyssin, un des esclaves du sultan

de l’Inde. C’était un de ces héros dont la p168 bravoure a passé en pro-

verbe. Il ne cessait de faire tout seul des courses contre les infidèles,

de tuer et de prendre des captifs, de sorte que sa réputation se répandit

au loin, qu’il devint célèbre et que les Hindous le craignirent. Il était

de haute taille et fort gros, et mangeait une brebis tout entière en une

seule fois. On m’a raconté qu’il avalait environ un rithl et demi de

 

173 Il s’agit probablement de la ville de Rapri, qui était située sur la Yamuna entre

Agra et Etawah.

174 Il existe plusieurs Sultanpur, dont une dans le district de même nom au sud-est

de Lucknow. Le radjah est inconnu par ailleurs.

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

beurre fondu après son repas, selon la coutume observée par les Abys-

sins dans leur pays natal. Il avait un fils qui approchait de lui en bra-

voure.

 

Il arriva un certain jour que Bedr fondit, avec un détachement de

ses esclaves, sur un village appartenant à des Hindous, et que son che-

val tomba avec lui dans une fosse. Les villageois se rassemblèrent au-

tour de lui, et l’un d’eux le frappa avec une gattârah. On nomme ainsi

un fer semblable à un soc de charrue (il a une extrémité creuse) dans

laquelle on introduit la main, et qui recouvre l’avant-bras ; la partie

restante est longue de deux coudées, et les coups qu’elle porte sont

mortels ; l’Hindou tua donc Bedr d’un coup de cette arme. Les escla-

ves du mort combattirent très courageusement, s’emparèrent du vil-

lage, en tuèrent les habitants, firent prisonnières leurs femmes, etc.,

retirèrent le cheval sain et sauf de la fosse où il était tombé, et le ra-

menèrent au fils de Bedr. Une rencontre singulière, c’est que ce jeune

homme, étant monté sur le même cheval, prit la route de Dihly. Les

idolâtres l’attaquèrent ; il les combattit jusqu’à ce qu’il fût tué, et le

coursier retourna près des compagnons de son maître, qui le recondui-

sirent à la famille du défunt. Un beau-frère de celui-ci le prit pour

monture ; mais les Hindous le tuèrent aussi sur ce même cheval.

 

D’Alâboûr, nous nous rendîmes à la ville de Gâlyoûr, appelée en-

core Gouyâlior, qui est grande et pourvue d’une citadelle inexpugna-

ble, isolée sur la cime d’une haute montagne. On voit à la porte de

cette citadelle la figure d’un éléphant et celle de son cornac, toutes

deux en pierre. Il en a déjà été fait mention, à l’article du sultan p169

Kothb eddîn 175. L’émir de Gâlyoûr, Ahmed, fils de Sîrkhân, person-

nage distingué, me traitait avec considération pendant mon séjour près

de lui, antérieurement au voyage dont il est ici question. J’entrai chez

lui un jour, au moment où il voulait faire fendre en deux par le milieu

du corps un idolâtre. Je lui dis : « Par Dieu ! ne fais pas cela, je n’ai

jamais vu tuer personne en ma présence. » Il ordonna de mettre en pri-

son cet individu, qui échappa ainsi à la mort.

 

175 Voir t. II, p. 389.