A Vant Propos
De l’action généreuse d’un de mes amis
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
DE L’ACTION GÉNÉREUSE D’UN DE MES AMIS
Lors de son départ, le seigneur Nâssir eddîn alaouhéry avait laissé
en dépôt chez moi mille et soixante tengahs ; j’en disposai. A mon
retour de Dihly, je trouvai qu’il avait transféré cette créance à Khod-
hâouend Zâdeh Kiouâm eddîn, qui était arrivé en cette ville comme
substitut du vizir ; j’eus honte de lui avouer que j’avais dépensé cet
argent, et lui en remis le tiers environ. Je restai chez moi plusieurs
jours de suite sans sortir, et le bruit se répandit que j’étais indisposé.
Nâssir eddîn alkhârezmy Sadr aldjihân vint me visiter, et, en p143 me
voyant, il me dit : « Tu n’es pas malade. » Je lui répondis : « Ce qui
me tourmente est une maladie morale. ». Il reprit : « Fais-la-moi
connaître. » Je répliquai : « Envoie-moi ton délégué, le cheïkh de
l’islamisme, et je l’en informerai. » Ce dernier étant venu, je
l’instruisis de ma position, qu’il fit savoir à Sadr aldjihân. Celui-ci
alors m’envoya mille dînârs d’argent, et je lui en devais déjà autant.
Bientôt après on me demanda d’acquitter le restant de la dette ci-
dessus à Kiouâm eddîn, et je me dis, à part moi : « Il n’y a que le sus-
nommé Sadr aldjihân qui puisse me tirer de là, car il est très riche. »
Or je lui envoyai ce qui suit : un cheval sellé dont le prix, uni à celui
de la selle, était de seize cents dînârs ; un second cheval qui valait,
avec sa selle, huit cents dinars ; deux mulets, valant douze cents dî-
nârs ; un carquois d’argent, et deux sabres, dont les fourreaux étaient
recouverts d’argent. Je lui dis : « Vois ce que vaut le tout, et envoie-
m’en le prix. » Il garda toutes ces choses, les estima trois mille dinars,
m’en expédia mille et retint les deux mille que je lui devais. J’en fus
très mécontent, et en eus la fièvre ; mais je me dis en moi-même : « Si
je me plains de cela au vizir, je serai déshonoré. » Je pris cinq che-
vaux, deux femmes esclaves et deux mamloûcs, que j’envoyai au roi
Moghlîth eddîn Mohammed, fils du roi des rois ’Imâd eddîn assimnâ-
ny ; c’était un jeune homme. Il me rendit tout cela, me fit tenir deux
cents tengahs et multiplia ses bienfaits : je pus ainsi payer la somme
que je devais. Quelle différence entre l’action de celui-ci et l’action de
l’autre personnage !