A Vant Propos
Des séances que le sultan tient dans sa coupole
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
il ordonna de me loger dans une maison, et de me fournir la dépense
journalière. La vingt-septième nuit du mois de ramadhân, il distribua
au juge, au prédicateur et aux jurisconsultes une somme d’argent ap-
pelée 782 zécâh ou aumône ; il me donna à cette occasion trente-trois
ducats et un tiers. Au moment de mon départ, il me fit cadeau de cent
ducats d’or.
DES SÉANCES QUE LE SULTAN TIENT DANS SA COUPOLE
Le sultan a une coupole élevée dont la porte se trouve à l’intérieur
de son palais, et où il s’assied 783 fréquemment . Elle est pourvue,
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du côté du lieu des audiences, de trois fenêtres voûtées en bois, recou-
vertes de plaques d’argent, et au-dessous de celles-ci, de trois autres,
garnies de lames d’or, ou bien de vermeil. Ces fenêtres ont des ri-
deaux en laine, qu’on lève le jour de la séance du sultan dans la cou-
pole : on connaît ainsi que le souverain doit venir en cet endroit.
Quand il y est assis, on fait sortir du grillage de l’une des croisées un
cordon de soie auquel est attaché un mouchoir à raies, fabriqué en
Égypte ; ce que le public voyant, on bat des tambours et l’on joue des
cors.
De la porte du château sortent environ trois cents esclaves, ayant à
la main, les uns des arcs, les autres de petites lances et des boucliers.
Ceux-ci se tiennent debout, à droite et à gauche du lieu des audiences ;
ceux-là s’asseyent de la même manière. On amène deux chevaux sel-
lés, bridés, et accompagnés de deux béliers. Ces gens prétendent que
les derniers sont utiles contre le mauvais œil. Dès que le sultan a pris
place, trois de ses esclaves sortent à la hâte et appellent son lieutenant,
Kandjâ Moûça, Les 784 ferâris , ou les commandants, arrivent ; il en est
782 Le zakât, qui est l’aumône légale du droit musulman, signifie aussi dans les
pays de l’Afrique occidentale don, cadeau.
783 La salle d’audience construite sous Mansa Musa (1312-1337) par Abu Ishak al
Tuwaydjin. Ce fut « une salle solidement bâtie et enduite à la chaux, ce qui
était inconnu dans le pays. Abu Ishak réalisa cette nouveauté en bâtissant un
édifice carré construit en voûte. [...] D’habiles artisans revêtirent la salle de
chaux et la rehaussèrent d’arabesques coloriées [...] [elle] faisait d’autant plus
l’admiration du sultan que l’architecture était inconnue dans leur région » (IBN
KHALDOUN, 1382).
784 Fari : chef en mandingue.