A Vant Propos
Du sultan du Caire
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
Je me rendis à Almahallah Alcabîrah, à Nahrâriyah, Abiâr, De-
menhoûr et Alexandrie 614. Dans cette dernière ville, la peste avait
beaucoup diminué d’intensité, après avoir fait jusqu’à mille et quatre-
vingts victimes par jour. J’arrivai ensuite au Caire, et l’on me dit que
le nombre des morts, pendant l’épidémie, y avait atteint le chiffre de
vingt et un mille dans un seul jour. Tous les cheïkhs que j’y connais-
sais étaient morts. (Que le Dieu très haut ait pitié d’eux !)
DU SULTAN DU CAIRE
Le souverain de l’Égypte à cette époque était le roi Nâcir Haçan,
fils du roi Nâcir Mohammed, fils du roi Mansoûr Kalâoûn 615. Il a été
déposé plus tard, et l’on a choisi pour roi à sa place son frère, Almalic
Assâlih.
En arrivant au Caire, je trouvai que le grand juge ’Izz eddîn, fils du
grand juge Bedr eddîn, fils de Djamâ’ah 616, s’étant rendu à La Mec-
que avec une forte caravane, que l’on appelle radjéby, car elle part au
mois de radjeb 617. J’ai su que la peste continua d’accompagner les
gens de cette caravane jusqu’à leur arrivée au 618 défilé d’Aïlah , et
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qu’alors cette maladie s’éloigna d’eux.
Du Caire, je me rendis dans les pays de la haute Égypte, dont il a
été déjà question, et jusqu’à ’Aïdhâb 619. Ici je m’embarquai pour
Djouddah 620, et de cette ville je me rendis à La Mecque (que Dieu
l’ennoblisse et l’honore !), où j’arrivai le vingt-deuxième jour du mois
614 Pour ces villes, voir également t. I, pp. 107-112. Cet itinéraire indique une
tournée dans le delta commençant à Aboukir, tout proche d’Alexandrie, et se
terminant en cette dernière ville.
615 Al-Malik al-Nasir al-din Hasan, septième fils, a succédé à son père Malik Na-
sir Muhammad, mort en 1341. Proclamé sultan en décembre 1347, il fut dépo-
sé en août 1351 et remplacé par son frère al-Malik al-Salih. Rappelé au pou-
voir en octobre 1354, il y resta jusqu’en mars 1361.
616 Voir t. I, chap. 2, n. 153.
617 Il a donc dû arriver au Caire vers la fin du mois de septembre 1348.
618 Voir t. I, chap. 4, n. 15.
619 57. Pour cet itinéraire, voir t. I, pp. 140-151.
620 58. T. II, p. 167.
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
de cha’bân de l’année 749 de l’hégire 621. Je me mis sous la protection
de l’imâm des mâlikites, le pieux, dévot et vertueux Aboû ’Abdallah
Mohammed, fils d’Abderrahmân, nommé Khalîl, ou ami sincère. Tout
le mois de ramadhân je jeûnai à La Mecque, et je visitai tous les jours
les lieux saints, suivant le rite de Châfi’y. Parmi les cheïkhs de La
Mecque que je connaissais, je vis : Chihâb eddîn Alhanéfy ; Chihâb
eddîn Atthabary 622 ; Aboû Mohammed Alyâfi’y ; Nadjm eddîn Alos-
foûny 623 ; et Alharâzy.
Dans la susdite année, après avoir fait le pèlerinage, je partis de La
Mecque en compagnie de la caravane de Syrie, et arrivai à Thaïbah,
ou Médine, la ville de l’envoyé de Dieu, de Mahomet. Je visitai son
tombeau vénéré, parfumé (que Dieu augmente son parfum et sa véné-
ration !) ; je priai dans la noble mosquée (que Dieu la purifie et aug-
mente sa noblesse !) ; enfin, je visitai les compagnons du Prophète qui
sont enterrés dans le cimetière de Médine (que Dieu soit content
d’eux !). Parmi les cheïkhs que je vis, je nommerai Aboû Mohammed,
fils de Farhoûn.
Nous partîmes de la noble Médine et arrivâmes p360 successivement
à ’Ola, Taboûc 624, Jérusalem, Hébron, Gaza, les stations du sable ou
du désert, et Le Caire. Toutes ces localités ont déjà été décrites. A no-
tre arrivée au Caire, nous apprîmes que notre maître, le commandant
des fidèles, le défenseur de la religion, celui qui met sa confiance dans
le Maître des mondes, je veux dire Aboû ’Inân (que le Dieu très haut
le protège !), avait, avec le secours divin, réuni les choses dispersées,
ou réparé les malheurs de la dynastie mérînite 625 et délivré par sa bé-
nédiction les pays du Maghreb du danger dans lequel ils s’étaient
trouvés. Nous sûmes que ce souverain répandait les bienfaits sur les
grands et sur la multitude, et qu’il couvrait tout le monde de ses grâces
621 59. Le 16 novembre 1348.
622 60. Un personnage du même nom a été cité à Jérusalem en 1326 (t. I, p. 163).
623 61. Déjà cité (voir t. I, pp. 321 et 471).
624 62. Voir t. I, pp. 256-258.
625 Il s’agit d’un pieux mensonge de courtisan. C’est Abu’l Hasan, le père d’Abu
Inan, lequel, après avoir conquis Tlemcen la capitale Abd al-Wadite, en 1337,
occupa également Tunis en 1347, réunifiant ainsi le Maghreb. Or, après la dé-
faite d’Abu’l Hasan à Kairouan devant une coalition de tribus arabes, le 3 avril
1348, son fils se proclama sultan à Tlemcen et combattit son père jusqu’à la
mort de ce dernier le 21 juin 1351.