A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 12 sur 166

Pages du PDF

A Vant Propos

Du projet que le chérîf Ibrâhîm avait formé de se soulever, et de la fin de sa carrière

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

DU PROJET QUE LE CHÉRÎF IBRÂHÎM AVAIT FORMÉ DE SE SOULEVER, ET

DE LA FIN DE SA CARRIÈRE

 

Le chérîf Ibrâhîm, nommé Kharîtheh dâr, c’est-à-dire le Déposi-

taire du papier et des roseaux à écrire dans le palais du sultan, était

gouverneur du pays de Hânsi et de Sarsati quand le souverain partit

pour le Ma’bar 37. Son père, le chérîf Ahçan châh, était précisément

celui qui s’était insurgé dans ce dernier pays. Lorsque Ibrâhîm enten-

dit annoncer la mort du sultan, il désira beaucoup de s’emparer du

pouvoir ; il était brave, généreux, p082 et avait une belle figure. J’étais

marié avec sa sœur, nommée Hoûrnaçab ; elle était très pieuse, veillait

toute la nuit, et s’occupait sans cesse à prier le Dieu très haut, Elle eut

de moi une fille, et je ne sais pas ce qu’elles sont devenues l’une et

l’autre. La mère pouvait lire, mais elle n’avait pas appris à écrire. Au

moment où Ibrâhîm se proposait de se révolter, il arriva qu’un des

émirs du Sind passa dans le pays avec des trésors qu’il transportait à

Dihly. Ibrâhîm lui dit : « La route est dangereuse, car elle est infestée

par les brigands ; reste ici jusqu’à ce qu’elle soit praticable, et je te

ferai parvenir en lieu de sûreté. » Son but était de bien s’assurer de la

mort du souverain, et de disposer ensuite des sommes dont cet émir

était porteur. Quand il eut connu que le sultan vivait, il laissa partir

ledit émir, dont le nom était Dhiyâ almolc, fils de Chams almolc.

 

Lorsqu’après une absence de deux ans et demi le sultan retourna

dans sa capitale, Ibrâhîm alla le trouver. Un de ses pages le dénonça

au souverain et lui apprit ce que son maître avait eu le dessein de

faire. Le sultan eut d’abord envie de le tuer immédiatement ; mais il

prit un peu patience à cause de son affection pour le coupable. Un jour

il arriva qu’on apporta devant le souverain une gazelle égorgée ; celui-

ci l’examina et dit : « Cet animal n’a pas été convenablement jugulé ;

or, jetez-le. » Ibrâhîm la regarda à son tour et dit : « Cette gazelle est

tuée suivant toutes les règles, et je la mangerai. » Le monarque, ayant

appris ce propos, le désapprouva et s’en servit comme d’un prétexte

pour faire saisir Ibrâhîm. On lui mit des liens aux pieds, on lui attacha

les mains au cou, et on le força à confesser ce dont on l’accusait, sa-

 

37 Ce personnage a dû être nommé gouverneur de Sarsati et Hansi (pour ces vil-

les, voir t. II, chap. 5, n. 70, 71) au départ de Muhammad Tughluk pour

l’expédition de Madura, en remplacement de Hushang qui a suivi le souverain

jusqu’à Dawlatabad.