A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 132 sur 166

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A Vant Propos

Description des noces du fils du roi Zhâhir

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

« Nous ne sommes pas dans le voisinage de la terre ferme, et l’on ne

connaît point de montagne dans cette mer. Si le vent nous force à

heurter contre celle-ci, nous sommes perdus. » Alors tout le monde

eut recours aux p345 humiliations, au repentir, au renouvellement de la

résipiscence. Nous nous adressâmes tous à Dieu par la prière, et cher-

châmes un intermédiaire dans son prophète Mahomet. Les marchands

promirent de nombreuses aumônes, que j’inscrivis pour eux de ma

propre main sur un registre. Le vent se calma un peu ; nous vîmes, au

lever du soleil, ce mont, qui était très haut dans l’atmosphère, ou les

airs, et nous distinguâmes le jour qui brillait entre lui et la mer. Nous

fûmes étonnés de cela ; j’aperçus les marins qui pleuraient, se disant

mutuellement adieu, et je fis : « Qu’avez-vous donc ? » Ils me répon-

dirent : « Certes, ce que nous avions pris pour une montagne, c’est le

Rokkh ; s’il nous voit, il nous fera périr. » Il était à ce moment-là à

moins de dix milles de la jonque, Ensuite le Dieu très haut nous fit la

grâce de nous envoyer un bon vent, qui nous détourna de la direction

du Rokkh ; nous ne le vîmes donc pas, et ne connûmes point sa véri-

table forme.

 

Deux mois après ce jour, nous arrivâmes à Sumatra et descendîmes

dans la ville de ce nom. Nous trouvâmes que son sultan, le roi Zhâhir,

venait d’arriver d’une de ses expéditions guerrières ; il avait ramené

beaucoup de captifs, d’entre lesquels il m’envoya deux jeunes filles et

deux garçons. Il me logea, comme à l’ordinaire, et je fus témoin de la

noce de son fils 561, qui se mariait avec sa cousine, ou la fille du frère

du sultan.

 

DESCRIPTION DES NOCES DU FILS DU ROI ZHÂHIR

 

J’assistai à la cérémonie du mariage ; je vis que l’on avait dressé au

milieu de l’endroit des audiences une grande tribune, ou estrade, re-

couverte d’étoffes de soie. La nouvelle mariée arriva, sortant à pied de

l’intérieur p346 du château, et ayant la figure découverte. Elle était ac-

compagnée d’environ quarante dames d’honneur, toutes femmes du

sultan, de ses émirs et de ses vizirs, lesquelles tenaient les pans de sa

 

561 La Chronique des rois du Pasei attribue au souverain Ahmad (voir plus haut,

n. 9) trente fils, dont Zayn al-Abidin qui lui succéda (1360-1389).

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

robe, et avaient aussi la face découverte. L’assistance entière pouvait

les voir, le noble comme le plébéien. Cependant, leur habitude n’est

pas de paraître ainsi sans voile devant le public ; elles ne font jamais

cela que dans les cérémonies de la noce. L’épouse monta sur l’estrade,

ayant devant elle les musiciens, hommes et femmes, qui jouaient des

instruments et qui chantaient. Ensuite vint l’époux, placé sur un élé-

phant paré, qui portait sur son dos une sorte de trône surmonté d’un

pavillon, à la manière d’un parasol. Le marié portait la couronne sur la

tête ; on voyait, à sa droite et à sa gauche, près de cent garçons, fils de

rois et d’émirs, vêtus de blanc, montés sur des chevaux parés, et por-

tant sur leur tête des calottes ornées d’or et de pierreries. Ils étaient du

même âge que l’époux, et aucun d’eux n’avait de barbe au menton.

 

On jeta parmi le public des pièces d’or et d’argent, lors de l’entrée

du marié. Le sultan s’assit dans un lieu élevé, d’où il pouvait voir tou-

tes ces choses. Son fils descendit de l’éléphant, il alla baiser le pied de

son père, puis il monta sur l’estrade vers la mariée. Celle-ci se leva,

lui baisa la main ; il s’assit à son côté, et les dames d’honneur éven-

taient la nouvelle mariée. On apporta la noix d’arec et le bétel ;

l’époux les prit avec sa main, il en mit dans la bouche de sa femme,

qui en prit à son tour, et en mit dans la bouche de son mari. Alors ce

dernier plaça dans sa bouche une feuille de bétel, et la déposa ensuite

dans celle de son épouse, qui imita ici encore la conduite de son ma-

ri 562. Tout cela se faisait en présence du public. On recouvrit la ma-

riée d’un voile ; on transporta l’estrade, ou tribune, dans l’intérieur du

château, pendant que les jeunes mariés y étaient encore ; les assistants

mangèrent et partirent. Le lendemain, le sultan convoqua le public, il

nomma son fils son successeur au trône, et on lui prêta le serment

d’obéissance. Le futur souverain distribua dans ce jour des cadeaux

nombreux en habits d’honneur et en or.

 

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562 Il s’agirait d’une coutume malaise visant à démontrer l’intimité entre les

époux.