A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 23 sur 166

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A Vant Propos

De notre arrivée au palais de la mère du sultan, et mention des vertus de cette princesse

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

Boghâ 78 79 , Mélic Zâdeh, fils de la sœur de Khodhâouend Zâdeh , en-

fin, par Badr eddîn alfassâl.

 

Ayant franchi la troisième porte, nous aperçûmes la grande salle de

réception appelée Hézâr ostoûn, ce qui veut dire Mille Colonnes 80 ;

c’est là que le monarque tient ses audiences publiques. Alors le vizir

s’inclina au point que sa tête toucha presque le sol ; nous saluâmes en

nous prosternant, et nous touchâmes la terre avec nos doigts. Le lieu

vers lequel nous nous inclinions était celui où se trouvait le trône du

sultan, et tous ceux qui étaient avec moi saluèrent de ladite manière.

Cette cérémonie étant accomplie, les officiers crièrent à haute voix

« Au nom de Dieu ! », et nous sortîmes.

 

DE NOTRE ARRIVÉE AU PALAIS DE LA MÈRE DU SULTAN,

ET MENTION DES VERTUS DE CETTE PRINCESSE

 

La mère du sultan est nommée la Maîtresse de l’univers, et c’est

une des femmes les plus vertueuses ; elle est très charitable, et a fondé

beaucoup d’ermitages qui donnent à manger aux voyageurs ; elle est

aveugle, et voici l’origine de cette infirmité. Lorsque son fils com-

mença à régner, elle reçut la visite de toutes les princesses, p106 ainsi

que des filles des grands dignitaires et des émirs, mises d’une manière

pompeuse. Elles s’inclinèrent devant la mère du sultan, qui était assise

sur un trône d’or, incrusté de pierres précieuses. Ce fut alors qu’elle

perdit subitement la vue ; on la traita de plusieurs manières, mais ce

fut sans profit. Son fils a pour elle un respect extraordinaire : un

exemple de cela, c’est qu’une fois sa mère voyagea avec lui et qu’il

fut de retour un certain espace de temps avant elle. Quand elle arriva,

il alla à sa rencontre, descendit de son cheval, baisa le pied de sa

 

78 Ces deux personnages sont également mentionnés à Multan (t. II, p. 340) et

plus loin p. 117, sans plus.

79 Il s’agit apparemment de deux personnages différents. Le premier, déjà men-

tionné à Multan, sera qualifié plus loin (p. 117) de « Tirmidhi », originaire de

Tirmidh, comme les Khudawandzade tandis que le neveu des Khudawandzade

est le dénommé Emir Bakht, qui recevra le titre de chérif al-Mulk, plusieurs

fois mentionné. Après une disgrâce passagère, il devient favori et gendre du

souverain. Il est nommé à Tchendiri et ensuite chargé de pacifier Cambay

pendant la première révolte du Gudjarat.

80 Voir t. II, chap. 7, n. 5.

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

mère, laquelle se trouvait dans une litière, où tout le monde pouvait

l’apercevoir.

 

Pour revenir à notre sujet, lorsque nous sortîmes du palais du sul-

tan, le vizir se rendit avec nous à Bâb assarf, que les Indiens nomment

la Porte du harem ; c’est l’habitation de la Maîtresse de l’univers. Ar-

rivés à sa porte, nous quittâmes nos montures ; chacun de nous, sui-

vant ses moyens, avait apporté un cadeau pour la princesse. Le grand

juge des mamloûcs, Camâl eddîn, fils de Borhân eddîn, était entré

avec nous ; il salua en s’inclinant, quand il fut arrivé à la porte ; le vi-

zir en fit autant, et nous les imitâmes. Le secrétaire, placé à la porte de

la princesse, prit note de nos présents ; une troupe de pages ou eunu-

ques, sortirent, et leurs chefs se dirigèrent vers le vizir, avec lequel ils

parlèrent en secret ; ils retournèrent dans le château, ils revinrent vers

le vizir et ils se rendirent encore une fois dans le château. Nous étions

debout pendant tout ce temps ; mais ensuite on nous fit asseoir sur un

banc.

 

On apporta des mets dans des vases d’or, que les Indiens appellent

suïuns, et qui ressemblent à nos chaudrons ; ils sont pourvus de sup-

ports d’or, sur lesquels on les pose, et qui sont nommés subucs. On

apporta aussi des coupes pour boire, des plats et des aiguières, le tout

en or. Les aliments furent disposés sur deux nappes ou tables, à deux

rangs chacune ; à la tête de chaque rangée se trouvait le principal per-

sonnage parmi les individus présents. Quand nous nous avançâmes

pour p107 manger, les chambellans et les officiers s’inclinèrent et nous

leur rendîmes le salut. On servit le sorbet, que nous bûmes, et les

chambellans dirent : « Au nom de Dieu ! » Nous mangeâmes, et puis

on distribua une sorte de bière, ainsi que du bétel, et les chambellans

s’écrièrent : « Au nom de Dieu ! » Nous nous inclinâmes tous. Alors

on nous dit de nous rendre dans un endroit qu’on nous indiqua, et l’on

nous donna des robes d’honneur en soie chamarrées d’or. Nous fûmes

conduits à la porte du palais, où nous nous inclinâmes ; les chambel-

lans dirent : « Au nom de Dieu ! » Le vizir se tint debout et nous fî-

mes comme lui. On tira de l’intérieur du château un coffre contenant

des habillements non cousus. Il y en avait en soie, en lin, en coton, et

nous en reçûmes chacun notre part. Après, on apporta un grand plat en

or, contenant des fruits secs, puis un autre avec du sirop, et un troi-

sième, où était du bétel.