A Vant Propos
Du sultan de Mâlli
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
et elle prenait soin de nous, en nous fournissant des vivres et autres
choses.
Dix jours après notre arrivée à Mâlli, nous mangeâmes un potage,
ou bouillie épaisse, préparé avec une herbe ressemblant à la colocasie,
et appelée 778 kâfi ; un tel potage est préféré par ce peuple à tous les
autres mets. Or, le jour suivant, nous étions tous malades, au nombre
de six, et l’un de nous mourut. Pour ma part, je me rendis à la prière
du matin, et je perdis connaissance pendant qu’on la faisait. Je de-
mandai à un Égyptien un remède évacuant, et il m’apporta une subs-
tance nommée beïder. Ce sont des racines végétales (pulvérisées)
qu’il mélangea avec de l’anis et du sucre, après quoi il versa le tout
dans l’eau et l’agita. Je bus ce médicament, et je vomis ce que j’avais
mangé, conjointement avec beaucoup de bile jaune. Dieu me préserva
de la mort, mais je fus malade l’espace de deux mois.
DU SULTAN DE MÂLLI
Le souverain de Mâlli, c’est Mensa Soleïmân 779 ; mensa signifie
sultan, et Soleïmân est son nom propre. C’est un prince avare, et il n’y
a point à espérer de lui un présent considérable. Il arriva que je restai
tout ce temps à Mâlli sans le voir, à cause de ma maladie. Plus p412
tard il prépara un banquet de condoléance, à l’occasion de la mort de
notre maître Aboû’l Haçan 780 (que Dieu soit satisfait de lui !). Il y
invita les commandants, les jurisconsultes, le juge et le prédicateur ;
j’y allai en leur compagnie. On apporta les coffrets renfermant les ca-
hiers du Coran, et on lut ce livre en entier. On fit des vœux pour notre
maître Aboû’l Haçan (que Dieu ait pitié de lui !) ; on fit aussi des
vœux pour Mensa Soleïmân. Après cela je m’avançai et saluai ce der-
nier ; le juge, le prédicateur et le fils d’Alfakîh lui apprirent qui j’étais.
Il leur répondit dans leur langage, et ils me dirent : « Le sultan t’invite
à remercier Dieu. » Alors je dis : « Louons Dieu et rendons-lui grâces
dans toutes les circonstances ! »
778 La colocasie est localement appelée taro ; le cafi est l’igname.
779 1341-1360.
780 Abu’l Hasan, finalement vaincu par son fils et forcé de renoncer à la couronne,
mourut le 21 juin 1351.