A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 21 sur 166

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A Vant Propos

De la cherté qui domina dans les contrées de l’Inde

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

sultan, ainsi que les revenus de la ville. Mokbil fit partir toutes ces

richesses, sous la conduite de ses serviteurs, pour les présenter au

souverain, et il écrivit, se plaignant du fils d’Alcaoulémy. Celui-ci, de

son côté, écrivit aussi au sultan, pour se plaindre du roi Mokbil.

L’empereur de Dihly leur envoya le roi des p103 savants, pour qu’il dé-

cidât leur querelle. Ce fut immédiatement après ces faits qu’eurent

lieu la révolte du juge Djélâl eddîn et le pillage des biens du fils

d’Alcaoulémy, qui prit la fuite en compagnie de quelques-uns de ses

mamloûcs, et qui se rendit chez le sultan.

 

DE LA CHERTÉ QUI DOMINA DANS LES CONTRÉES DE L’INDE

 

Dans l’espace de temps où le souverain était absent de sa capitale,

s’étant dirigé vers la province de Ma’bar, la disette eut lieu, et elle fut

considérable 73. Le mann, ou la mesure de froment, valait soixante

drachmes et davantage ; la gêne fut générale, la situation très grave.

Un jour, je sortis de la ville à la rencontre du vizir, et je vis trois fem-

mes qui coupaient en morceaux la peau d’un cheval, lequel était mort

depuis plusieurs mois, et qui les mangeaient. D’ailleurs, on faisait

cuire les peaux et on les vendait dans les marchés. Lorsqu’on égor-

geait des bœufs, la foule s’empressait d’en recueillir le sang pour s’en

nourrir. Des étudiants du Khorâçân m’ont raconté qu’ils entrèrent

dans une ville appelée Icroûhah 74, entre Hânci et Sarsati, et qu’ils la

trouvèrent abandonnée. Ils s’introduisirent dans une maison pour y

passer la nuit, et ils virent dans une chambre un individu qui avait al-

lumé du feu et qui tenait avec ses doigts un pied humain ; il le fit rôtir

sur ce feu et le mangea. Que Dieu nous garde d’une pareille action !

 

La famine étant insupportable, le sultan ordonna de distribuer à

toute la population de Dihly des vivres pour six mois. Les juges, les

secrétaires et les commandants parcouraient les rues et les marchés ;

ils prenaient note des habitants et donnaient à chacun les provisions

pour la moitié d’une année, sur le pied d’une livre et demie du Mag-

hreb par jour pour chaque personne. A cette époque, je fournissais de

la nourriture aux pauvres avec p104 les mets que je faisais préparer dans

 

73 Voir n. 39 ci-dessus.

74 Aqruha, aujourd’hui appelée Hisar.