A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 81 sur 166

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A Vant Propos

Récit d’une partie des bienfaits du vizir envers moi

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

de bois élevé. Tous ceux qui arrivaient, chefs ou vizirs, saluaient le

grand vizir et jetaient une pièce d’étoffe non façonnée, de sorte que le

nombre total de ces pagnes monta à cent ou environ, que prirent les

fakîrs. On servit ensuite les mets et l’on mangea ; puis les lecteurs du

Coran firent une lecture avec leurs belles voix, après quoi on se mit à

chanter et à danser. Je fis préparer un feu ; les fakîrs y p240 entrèrent et

le foulèrent aux pieds ; parmi eux il y en eu qui mangèrent des char-

bons ardents, comme on avale des confitures, jusqu’à ce que la

flamme fût éteinte.

 

RÉCIT D’UNE PARTIE DES BIENFAITS DU VIZIR ENVERS MOI

 

Quand la nuit fut achevée, le vizir s’en retourna, et je

l’accompagnai. Nous passâmes par un jardin appartenant au fisc, et le

vizir me dit : « Ce jardin est à toi ; j’y ferai construire une maison

pour qu’elle te serve de demeure. » Je louai sa manière d’agir et fis

des vœux en sa faveur. Le lendemain il m’envoya une jeune esclave,

et son messager me dit : « Le vizir te fait dire que, si cette fille te plaît,

elle est à toi ; sinon, il t’expédiera une esclave mahratte. » Les jeunes

filles mahrattes me plaisaient ; aussi répondis-je à l’envoyé : « Je ne

désire que la Mahratte. » Le ministre m’en fit mener une, dont le nom

était Gulistân, ce qui signifie la Fleur du jardin. Elle connaissait la

langue persane, et elle me plut fort. Les habitants des îles Maldives

ont une langue que je ne comprenais pas 360.

 

Le lendemain, le vizir m’envoya une jeune esclave du Coromandel,

appelée Anbéry 361, La nuit suivante, après la prière de la nuit close, il

vint chez moi avec quelques-uns de ses serviteurs, et entra dans la

maison, accompagné de deux petits esclaves. Je le saluai, et il

m’interrogea sur ma situation. Je fis des vœux en sa faveur et le re-

merciai. Un des esclaves jeta devant lui une 362 lokchah , c’est-à-dire

une espèce de serviette, dont il tira des étoffes de soie et une boîte

contenant des perles et des bijoux. Le vizir m’en fit cadeau, en ajou-

tant : « Si je t’avais expédié cela avec la jeune esclave, elle aurait dit :

 

360 C’est le divehi, langue indo-européenne.

361 Couleur d’ambre gris.

362 Bokhtcha : baluchon.