A Vant Propos
De mon mariage et de ma nomination à la dignité de Kâdhi
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
dine et se mit à la manger. Il me dit en même temps : « Mange de ce-
la ; il ne s’en trouve pas dans notre pays. » Je répondis « Comment en
mangerais-je ? Cela n’est pas cuit. — C’est cuit », reprit-il ; mais je
répliquai : « Je connais bien ce poisson, car il abonde dans ma pa-
trie. »
DE MON MARIAGE ET DE MA NOMINATION À LA DIGNITÉ DE KÂDHI
Le deuxième jour de chawwâl 366, je convins avec le vizir Souleï-
mân mânâyec, ou amiral, que j’épouserais sa fille, et j’envoyai de-
mander au vizir Djémâl eddîn que le p245 contrat de mariage eût lieu en
sa présence, dans le palais. Il y consentit et fit apporter le bétel, selon
la coutume, et le sandal. La population fut présente à la cérémonie. Le
vizir Souleïmân tarda d’y venir ; on le manda ; mais il n’arriva pas.
On le manda alors une seconde fois, et il s’excusa sur la maladie de sa
fille ; mais le grand vizir me dit en secret : « Sa fille refuse de se ma-
rier, et elle est maîtresse de ses propres actions. Voilà que les gens se
sont réunis. Veux-tu épouser la belle-mère de la sultane, veuve du
père de celle-ci ? » (Or le fils du grand vizir était marié à la fille de
cette femme.) Je répondis : « Oui, certes. » Il convoqua le kâdhi et les
notaires. La profession de foi musulmane fut récitée, et le vizir paya le
don nuptial 367. Au bout de quelques jours, mon épouse me fut ame-
née. C’était une des meilleures femmes qui existassent. La bonté de
ses manières était telle que, quand je fus devenu son mari, elle
m’oignait de bonnes odeurs et parfumait mes vêtements ; pendant
cette opération, elle riait et ne laissait voir aucune incommodité.
Lorsque j’eus épousé cette femme, le vizir me contraignit à accep-
ter les fonctions de kâdhi. Le motif de ma nomination, c’est que je
reprochai au kâdhi de prendre la dixième partie des successions,
quand il en faisait le partage entre les ayants droit. Je lui dis : « Tu ne
dois avoir qu’un salaire dont tu conviendras avec les héritiers. » Ce
juge ne faisait rien de bien.
366 Le 16 février 1344.
367 Voir t. II, chap. 7, n. 91.