A Vant Propos
De la manière dont les Indiens et d’autres peuples donnent à manger dans les festins aux personnes invitées
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
farine et une égale quantité en poids de viande. Je p138 jugeai que cela
était trop peu, et que, d’un autre côté, les grains que le souverain
m’avait alloués étaient considérables. J’employai donc chaque jour
trente-cinq mesures de farine, et un poids pareil de viande, ainsi que
des quantités proportionnées de sucre, sucre candi, beurre et bétel. De
cette manière je nourrissais non seulement les gens employés, mais
aussi les allants et venants. La disette était alors très grande 116 et la
population était soulagée par ces distributions d’aliments, dont la nou-
velle se répandit au loin.
Le roi Sabîh alla trouver le sultan à Daoulet Abâd, et, le souverain
lui ayant demandé des nouvelles de la capitale, il lui répondit : « S’il y
avait à Dihly seulement deux individus dans le genre d’un tel [notre
voyageur], on ne serait pas affligé par la famine. » Le sultan fut char-
mé d’entendre un tel propos, et m’envoya un vêtement d’honneur de
sa propre garde-robe. Dans les grandes solennités, je consommais cent
mesures de farine et une quantité analogue de viande. Je donnais à
manger aux fakirs et aux pauvres ; quant aux gens soldés ou pension-
naires, on plaçait devant chacun d’eux sa portion. Nous allons bientôt
raconter l’usage des Indiens à ce sujet. Les solennités auxquelles nous
venons de faire allusion sont les deux fêtes 117, le jour de la noble
naissance 118 119 , le jour d’ Achoûrâ, la nuit du milieu du mois de
cha’bân et le jour de la mort du sultan Kothb eddîn.
DE LA MANIÈRE DONT LES INDIENS ET D’AUTRES PEUPLES DONNENT À
MANGER DANS LES FESTINS AUX PERSONNES INVITÉES
C’est l’usage dans l’Inde, de même que dans le pays de Sérâ 120, de
placer un buffet, une fois que le repas p139 prié est fini, devant chaque
noble, jurisconsulte, cheïkh ou juge. Ce buffet ressemble à un berceau
d’enfant ; il est pourvu de quatre pieds, et sa partie supérieure est nat-
tée avec des feuilles sèches de palmier, de coco et autres analogues.
116 Il s’agit de la grande famine qui a débuté vers 1336.
117 La fête de la Rupture du jeûne et celle des Sacrifices.
118 De Muhammad.
119 Le 10 muharram.
120 De Saray, c’est-à-dire l’empire de la Horde d’Or.