A Vant Propos
Du sultan de Bagdad
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
sonnage avait été son refus de donner la monture. Depuis lors, elle ne
fut plus refusée.
Je partis pour Sarsar 582, puis pour Bagdad, où j’arrivai dans le
mois de chawwâl de l’année 748 de l’hégire 583 . Un Maghrébin que
j’y rencontrai me fit connaître la catastrophe de Tarifa 584 et m’apprit
que les chrétiens s’étaient emparés d’Algéziras. Dieu veuille réparer
de ce côté les brèches survenues dans les affaires des musulmans !
DU SULTAN DE BAGDAD
Le sultan de Bagdad et de l’Irâk, au temps de mon entrée dans la-
dite ville, à la date ci-dessus mentionnée, était le cheïkh Haçan 585, fils
de la tante paternelle du sultan Aboû Sa’îd. Quand ce dernier fut mort,
le cheïkh Haçan se rendit maître de son royaume de l’Irâk ; il épousa
la veuve d’Aboû Sa’îd, nommée Dilchâd, fille de Dimachk Khodjah,
fils de l’émir Altchoûbân, à l’exemple de l’action dudit sultan Aboû
Sa’îd, qui avait épousé la femme du cheïkh Haçan 586 . Celui-ci était
absent de p352 Bagdad lorsque j’y arrivai, et il était en marche pour
combattre le sultan Atâbec Afrâciâb, souverain du pays de Loûr 587.
De Bagdad je me rendis à la ville d’Anbâr, puis à Hît, à Hadîthah
et ’Anah 588, Ces contrées sont au nombre des plus belles et des plus
fertiles du monde ; la route entre ces différentes villes est bordée d’un
grand nombre d’habitations ; de sorte que l’on dirait que le voyageur
582 Voir chap. 2, n. 107.
583 Janvier 1348.
584 La bataille du Rio Salado, où Alphonse XI de Castille vainquit l’armée
d’Abou’l Hasan le Marinide le 30 octobre 1340. Algésiras fut conquise deux
ans plus tard.
585 Fondateur de la dynastie des Djalairides (1346-1356), Voir t. I, chap. 5, n. 248
et introduction.
586 Voir t. I, p. 450 et introduction.
587 Voir t. I, chap. 5, n. 83.
588 26. Villes situées sur l’Euphrate, entre l’ouest de Bagdad et l’actuelle frontière
syrienne. Anbar (les Greniers) était une ville très importante à l’époque abbas-
side et au e XIV siècle. Mustawfi note que le tour de ses remparts mesurait cinq
mille pas. Hit produisait des dattes et de la canne à sucre. Hadithah est décrite
par Yaqut (1225) comme une forteresse. Anah était la dernière ville de l’Irak.
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
se trouve toujours dans un marché. Nous avons déjà dit que nous
n’avions vu aucun pays qui ressemblât à la contrée située sur le fleuve
de la Chine, excepté celui dont il est ici question.
J’arrivai à la ville de Rahbah, qui ajoute à son nom celui de Mâlic,
fils de Thaouk 589 ; c’est la plus belle localité de l’Irâk, et elle est le
commencement de la Syrie.
De Rahbah, nous allâmes à Sakhnah 590, jolie ville, dont la plupart
des habitants sont des chrétiens infidèles. Son nom de sakhnah, ou
chaleur, est emprunté de l’état thermal de ses eaux. Cette ville ren-
ferme des cellules pour les hommes et d’autres pour les femmes, où se
prennent des bains chauds. La nuit, ils puisent de cette eau et la met-
tent sur les terrasses pour qu’elle refroidisse.
Nous allâmes à Tadmor 591, la ville du prophète de Dieu Salo-
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mon, pour qui les génies l’ont construite, comme dit le poète Nâbig-
hah 592 :
Ils bâtissent Palmyre avec les pierres plates et les colonnes.
Nous arrivâmes à Damas de Syrie, ville que j’avais quittée depuis
vingt ans complets 593 . J’y avais laissé une épouse enceinte, et, pen-
dant mon séjour dans l’Inde, je sus qu’elle avait mis au monde un gar-
çon. Alors j’envoyai à l’aïeul maternel de l’enfant, qui était un habi-
tant de la ville de Micnâcah, en Afrique 594, quarante dînârs indiens en
or. A mon arrivée à Damas, cette fois, ma première pensée fut de de-
mander des nouvelles de mon fils. J’entrai donc dans la mosquée, et
j’y rencontrai heureusement Noûr eddîn Assakhâouy 595, imâm et su-
périeur des mâlikites. Or je le saluai, mais il ne me reconnut pas ; je
lui dis qui j’étais, et je lui fis des questions sur mon fils. Il m’apprit
que l’enfant était mort depuis douze ans ; il ajouta qu’un jurisconsulte
589 Voir t. I, chap. 3, n. 101.
590 Al-Sukhne, oasis au nord-est de Palmyre.
591 La ville de Palmyre.
592 30. Nabigha al-Dhubyani poète arabe anté-islamique né vers 535.
593 31. Depuis 1326 selon ses dires. Pour la discussion sur une visite possible en
1330, voir l’introduction au t. II.
594 32. Meknès au Maroc.
595 Voir t. I, chap. 3, n. 231.