A Vant Propos
Du sultan de Djor Fattan
III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan
chaou 239 et que l’on appelait Sa’ïd. Il était doué d’une belle figure,
d’un bon caractère, et il jeûnait constamment. Il me raconta qu’il était
demeuré à La Mecque quatorze ans et autant à Médine ; qu’il avait vu
l’émir de La Mecque, Abou Némy, et celui de Médine, Mansoûr, fils
de Djammâz 240 ; enfin, qu’il avait voyagé dans l’Inde et en Chine.
Nous nous rendîmes de Hîly à la ville de Djor Fattan 241, située à
trois parasanges de la première. J’y rencontrai un jurisconsulte d’entre
les habitants de Bagdad, homme d’un grand mérite et que l’on appe-
lait Sarsary, par allusion à une ville éloignée de dix milles de Bag-
dad 242, sur le chemin de Coûfah. Le nom de cette localité est le même
que celui de [la montagne de] Sarsar, que l’on trouve chez nous, dans
le Maghreb. Le personnage dont je parle avait un frère très riche qui
habitait à Djor Fattan et qui avait de jeunes enfants. Ce frère les lui
avait recommandés en mourant, et je le laissai se disposant à les em-
mener à Bagdad ; car c’est la coutume des habitants de l’Inde, aussi
bien que de ceux du Soudan, de ne se mêler en rien de la succession
des étrangers qui meurent parmi eux, quand bien même ils laisseraient
des millions de pièces d’or. Leur argent reste entre les mains du chef
des musulmans, jusqu’à ce que celui qui y a des droits d’après les lois
le reçoive. p202
DU SULTAN DE DJOR FATTAN
On l’appelle Coueïl 243, mot qui a la forme des diminutifs en arabe.
C’est un des plus puissants souverains du Malabar, et il possède de
239 Mogadiscio (voir t. II, p. 84).
240 Pour ces personnages, voir t. I, chap. 4, n. 211 et 72.
241 Cannanore. « En ce lieu de Cananor y a un port où on décharge les chevaux
qui viennent de Perse. [...] Ladite cité n’a point de muraille autour et a mé-
chantes maisons » (V e ARTHEMA, début XVI siècle).
242 Première étape au sud de Bagdad sur le Nahr Sarsar — un des canaux reliant
le Tigre à l’Euphrate —, à l’endroit où la route traverse le canal sur un pont de
bateaux.
243 Ce premier royaume du Malabar à partir du nord, le même que le royaume
d’Eli de Marco Polo, est celui des Kolattiri, une des familles les plus puissan-
tes de la côte. Ne possédant pas de listes royales, on ne peut pas identifier le
souverain régnant au passage d’Ibn Battûta.