A Vant Propos

Jean-Marc Simonet · Chapitre 32 sur 166

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A Vant Propos

Du chameau que je présentai au sultan

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

DU CHAMEAU QUE JE PRÉSENTAI AU SULTAN

 

Pendant la chasse, le sultan me demanda un jour si le roi Nâssir

montait sur des chameaux. Je répondis : p131 « Oui, il monte les mahâ-

rys au temps du pèlerinage, et il va en dix jours du Caire à La Mec-

que. Mais ces chameaux ne sont pas de la même espèce que ceux

qu’on trouve dans ce pays-ci. » J’ajoutai que j’avais avec moi un de

ces chameaux mahârys. Lorsque je fus retourné à Dihly, j’envoyai

chercher un Arabe du Caire, lequel me fit avec de la poix le modèle de

la selle qui sert pour les mahârys. Je montrai cela à un menuisier, et il

fabriqua la selle fort bien ; je la recouvris avec du drap, j’y adaptai des

étriers, je mis sur le chameau une belle couverture, et lui fis une bride

de soie. Parmi mes gens, il y avait un individu du Yaman qui excellait

à faire les pâtisseries ; il en fabriqua qui ressemblaient aux dattes, etc.

 

J’envoyai le chameau, ainsi que les pâtes douces, au souverain, et

dis à celui qui les emmenait de livrer le tout aux mains du roi Daoulet

châh, pour lequel j’expédiai aussi un cheval et deux chameaux. Quand

il reçut ces présents, il entra chez le sultan, et lui dit : « O Maître du

monde, j’ai vu une merveille. — Qu’est-ce ? », demanda le souverain.

L’autre répondit : « Un tel a envoyé un chameau qui porte une selle. »

Le sultan donna ordre de le faire avancer, et l’on fit entrer le chameau

dans l’intérieur de la sérâtcheh. Le souverain en fut charmé, et il dit à

mon messager de le monter, ce qu’il accomplit, en le faisant marcher

devant le sultan. Celui-ci fit donner deux cents dinars en argent et un

vêtement. Cet homme revint chez moi, il m’informa de tout, et cela

me réjouit beaucoup. Après le retour du sultan dans sa capitale, je lui

donnai deux autres chameaux.

 

DES DEUX CHAMEAUX QUE JE DONNAI AU SULTAN, DES PÂTISSERIES, DE

L’ORDRE DU SOUVERAIN POUR L’ACQUITTEMENT DE MA DETTE, ET DE

TOUT CE QUI SE RATTACHE À CE SUJET

 

Dès que le piéton qui avait conduit le chameau fut de retour près de

moi, et qu’il m’eut informé de ce qui lui p132 était arrivé, je fabriquai

deux selles, que je recouvris de lames d’argent dorées, sur le devant

ainsi qu’à leur partie de derrière, et je plaçai par-dessus une étoffe de

drap. Je fis un licou orné de plaques d’argent, et préparai pour les

deux quadrupèdes deux housses en étoffe de soie fine, doublées en

III. Inde, Extrême-Orient, Espagne et Soudan

 

damas ; enfin, je leur adaptai aux jambes des anneaux d’argent. Je

pris, en outre, onze plats profonds, que je remplis de sucreries ; cha-

cun de ces plats fut recouvert d’une serviette de soie.

 

Quand le souverain fut revenu de la chasse, et qu’il siégea, le len-

demain de son arrivée, dans le lieu de ses audiences publiques, j’allai

le trouver de bonne heure avec les chameaux [et les plats de sucre-

ries]. Il ordonna de faire entrer ces quadrupèdes, qui marchèrent et

coururent devant lui ; alors l’ornement de la jambe d’un de ces ani-

maux s’envola, et le sultan dit à Béhâ eddîn, fils d’Alfalaky : Pâïel

ouardâry, ce qui signifie : « Ramasse l’anneau de la jambe » ; il obéit

immédiatement. Ensuite, le sultan jeta les yeux sur les plats mention-

nés ci-dessus, et demanda : Tchih dâri der ân thabaqha halouâ est ?

Cela veut dire : « Qu’as-tu dans ces plats ? Est-ce de la pâte douce ? »

Je répondis par l’affirmative, et il dit au jurisconsulte et prédicateur

Nâssir eddîn attirmidhy : « Je n’ai jamais mangé, ni même jamais vu

de pâtisserie pareille à celle qu’il nous a envoyée pendant que nous

étions au camp. » Il ordonna ensuite d’emporter ces sucreries dans le

lieu de ses séances privées, ce qui fut exécuté. Puis il s’y rendit en

personne, et m’y invita ; il fit apporter des aliments, et je mangeai

[avec les autres assistants].

 

Le souverain m’interrogea au sujet d’une espèce de ces pâtisseries

que je lui avais expédiées la première fois. Je lui répondis : « O Maître

du monde, ces pâtes douces sont de plusieurs sortes, et je ne sais pas

de quelle variété Votre Majesté recherche le nom. » Il dit : « Apportez

ces athbâks », plats, assiettes, c’est le nom qu’on donne dans ce pays-

là à ce que nous appelons, nous, thaïfoûrs, assiette creuse, plat, ga-

melle. On les mit devant lui, et on les découvrit ; le sultan dit : « Je te

p133 demandais le nom de ceci », et il prit dans la main le plat qui

contenait cette pâtisserie. Je lui répondis : « On l’appelle la pâtisserie

ronde ou orbiculaire. » Il en saisit une autre sorte, et dit : « Quel est le

nom de celle-ci ? » Je repris : « On la nomme les petites bouchées du

juge. » Il y avait en présence du souverain un négociant qui est un des

cheïkhs de Bagdad, connu sous le nom d’Assâmarry, et soi-disant de

la postérité d’Abbâs, dont le Dieu très haut soit satisfait ; il est très

riche, et le sultan l’appelle « mon père ». Cet homme éprouva un sen-

timent d’envie à mon égard, il voulut me faire honte, et dit : « Ces pâ-

tisseries ne sont point les petites bouchées du juge, mais les voici. » Il

saisit un morceau de celles nommées pénis du cheval. Il y avait, vis-à-